«Maintenant, c'est l'amœne et délicieuse Godâvarî aux limpides ondes, qui nous apparaît avec l'ermitage d'Agastya, entouré de bananiers.

«Ces chaumières que tu vois là-bas, femme à la taille svelte, sont les habitations des ascètes, qui ont pour chef le noble Atri, flamboyant à l'égal du feu même ou du soleil.

«Le toit qui se montre ici, Vidéhaine, c'est le grand ermitage d'Atri, le révérend anachorète, de qui l'épouse Anasoûyâ t'avait donné un fard merveilleux. Cette montagne plus loin, c'est le Tchitrakoûta, où le fils de Kêkéyî vint m'apporter ses vaines supplications. Ce fleuve qui roule au pied, c'est la sainte Mandâkinî aux ondes très-limpides, où j'offris aux mânes de mon père une oblation de racines et de fruits.

«Voici maintenant l'Yamounâ, rivière charmante aux bois variés, et l'ermitage de Bharadwâdja, près d'un lieu béni pour les sacrifices. Cet autre cours d'eau, Sîtâ, c'est la Gangâ, qui roule ses flots dans trois lits; et voici la ville même de Çringavéra, où demeure Gouha, mon ami. À présent, vois-tu, femme à la taille déliée, cet ingoudi; c'est là, c'est à son pied, que nous avons couché la première nuit, après que nous eûmes traversé la Bhâgirathî.

«Enfin, j'aperçois le palais de mon père..... Ayodhyâ! Incline-toi devant elle, Sîtâ, ma Vidéhaine, t'y voilà revenue!»

Alors, témoignant leur joie par des bonds réitérés, tous les singes, et Sougrîva, et Vibhîshana avec eux, de contempler cette magnifique cité.


À peine les foules pressées l'ont-elles aperçu arrivant comme un second soleil et d'une marche rapide, que le ciel est percé d'un immense cri de joie, lancé par la bouche des vieillards, des enfants et des femmes, s'écriant tous: «Voici Râma!» Descendus alors des chevaux, des éléphants et des chars, les hommes, ayant mis pied à terre, de contempler ce noble Raghouide assis dans l'intelligent véhicule, comme la lune est portée dans le ciel. Bharata, passé de la tristesse à la joie, s'approcha, les mains jointes, de Râma et l'honora du salut: «Sois le bienvenu!» prononcé avec le respect que méritait son frère. On fit monter Bharata dans le char. Alors ce prince, dévoué à la vérité, s'avança rempli de joie aux pieds de Râma et l'honora encore d'une nouvelle génuflexion.

Mais celui-ci fit aussitôt relever son frère, qui s'offrait dans la route de ses yeux après une si longue absence, le plaça contre son cœur et joyeux le serra dans ses bras. Le magnanime Kêkéyide à l'âme domptée s'approcha de la reine Sîtâ suivant la manière qu'exigeait la bienséance, et salua ses nobles pieds.

Les singes, qui prenaient à leur gré telles ou telles apparences, s'étaient revêtus de formes humaines et tous ils interrogeaient avec empressement Bharata sur la santé de sa majesté. Celui-ci dit à Vibhîshana d'une voix caressante: «Grâce à ton aide, on a terminé heureusement une guerre d'une extrême difficulté.»