Alors, ses membres lavés, oints d'essences, parés avec des bouquets de fleurs blanches, son djatâ d'anachorète bien peigné, le corps flamboyant de magnifiques joyaux et revêtu de somptueux habits avec des pendeloques éblouissantes, Râma, éclatant de beauté, apparut comme enflammé d'une céleste splendeur.
Toutes les femmes du feu roi Daçaratha firent elles-mêmes la toilette ravissante de la sage Djanakide.
Ensuite, au commandement de Çatroughna, le cocher ayant attelé ses coursiers, vint avec le char décoré en toutes ses parties. Râma, au courage infaillible, monta dessus et, voyant Lakshmana avec ses frères placés eux-mêmes sur le char, il se mit en marche, assis auprès d'eux et tout flamboyant de splendeur.
Bharata prit les rênes, Çatroughna portait l'ombrelle, et Lakshmana, s'emparant de l'éventail, fit son soin d'éventer le noble Râma. Alors on entendit au milieu des airs une suave mélodie: c'étaient les louanges de Râma, que chantaient les chœurs des saints, les troupes des vents et les Dieux. Après le char venait le plus grand des singes, Sougrîva à la vive splendeur, monté sur l'éléphant appelé Çatroundjaya, pareil à une montagne. Tous les quadrumanes s'étaient revêtus des formes humaines, et, parés de tous les atours, ils s'avançaient, portés sur des milliers de magnifiques éléphants. C'est ainsi que marchait, remplissant de joie sa ville, cet Indra des hommes, au bruit des tambours, au son des tymbales et des conques.
Des grains frits, de l'or, des vaches, des jeunes filles, des brahmes et des hommes, les mains pleines de confitures, bordaient le passage du Raghouide.
Il racontait aux ministres l'amitié, qu'il avait trouvée dans Sougrîva, la force merveilleuse d'Hanoûmat et les hauts faits des singes. Apprenant ce qu'étaient les exploits des quadrumanes et la vigueur des Rakshasas, les habitants de la ville capitale furent saisis d'admiration.
C'est au milieu de ces récits, que Râma, environné des singes, entra dans Ayodhyâ, cité charmante, décorée en ce moment de guirlandes, pavoisée d'étendards, pleine d'un peuple gras et joyeux, avec ses places publiques, ses marchés et ses grandes rues bien arrosées, ses routes jonchées de fleurs, sans un intervalle, qui ne fût pas rempli de vieillards et d'enfants, au milieu desquels on entendait les femmes dire au monarque arrivé dans sa capitale: «Les habitants de cette ville désiraient te voir, sire, avec leurs frères, avec leurs fils, et, par bonheur, les dieux leur ont fait cette grâce aujourd'hui! Kâauçalyâ eut beaucoup de chagrin, Kakoutsthide; elle souffrit de ton absence infiniment, elle et dans la ville tous les habitants d'Ayodhyâ, sans aucune exception. Délaissée par toi, Râma, cette ville était comme un ciel qui n'a point de soleil, comme une mer à laquelle on a ravi ses perles, comme une nuit où ne brille pas la lune. Aujourd'hui que nous te voyons enfin près de nous, toi, notre salut, Ayodhyâ, guerrier aux longs bras, peut justifier son nom[22] à la face des ennemis, qui ambitionnent sa conquête. Tandis que nous habitions loin de toi, confiné dans les forêts, ces quatorze années, Râma, ont coulé pour nous avec une lenteur de quatorze siècles!»
On n'a pas oublié ce que veut dire ayodhyâ et l'on voit qu'il y a ici un jeu de mots intraduisible: «Ayodhyâ nous semble aujourd'hui ayodhyâ, c'est-à-dire, l'Imprenable est imprenable aujourd'hui que tu es dans la ville.»
Telles, douces, amicales, Râma entendait sur son passage les voix réunies des hommes et des femmes lui envoyer de ces paroles en témoignage d'affection.
Arrivé dans la ville habitée par les rejetons d'Ikshwâkou, le glorieux monarque des hommes se rendit au palais de son père. Il entra, et Kâauçalyâ, ayant baisé Râma et Lakshmana sur la tête, prit Sîtâ dans son anka et déposa le chagrin qui avait envahi son âme.