«Plongé dans une douleur profonde, Râma ne s'y noie donc pas? On le verra donc bientôt, singe, venir à cause de moi dans ces lieux, ce rejeton auguste de Raghou, ce Râma, fils du monarque des hommes!

«Puissé-je vivre, Hanoûmat, jusqu'au temps où mon époux ait reçu tes nouvelles! Viendra-t-elle bientôt à cause de moi l'armée complète, l'épouvantable armée du magnanime Bharata, commandée par ses généraux et rassemblée sous les étendards? Est-ce que les singes à la force terrible viendront ici? Le beau Lakshmana, ce fils, qui est la joie de Soumitrâ, va-t-il de sa main habile à tirer l'arc jeter l'épouvante chez les Rakshasas avec la multitude de ses flèches? Mon vœu est que je puisse voir bientôt Râvana tué dans un combat, lui, ses parents, ses conjoints et ses fils, sous la main de Râma si terrible avec son arc sans égal!»


À ces belles paroles de Sîtâ, le fils du Vent lui répondit en ces termes d'une voix douce et les mains réunies en coupe à ses tempes: «Reine, ton Raghouide ne sait pas encore que tu es ici: à mon retour, ses flèches consumeront bientôt cette ville.

«Là, si la Mort, si les habitants du ciel avec Indra osent tenir pied devant lui, ce noble fils de Kakoutstha leur fait mordre à tous la poussière du champ de bataille!

«Plongé dans une grande affliction par ton absence de ses yeux, Râma ne trouve de calme nulle part, comme un taureau assailli par un lion.

«Troublé de ce chagrin, né du malheur qui le sépare de toi, il ne pense ni à l'héroïsme, ni à l'exercice des armes, ni à la volupté, ni aux festins. Le seul plaisir qu'il trouve est celui, Vidéhaine, que lui donne son âme en se reportant vers toi: il gémit sans cesse, femme craintive; il se plonge mainte fois dans sa douleur profonde.

«Son âme toujours avec toi n'a pas d'autre pensée: il rêve de toi dans le sommeil; à son réveil, il pense encore à toi. «Sîtâ!» dit le prince d'une voix douce à l'aspect, ou d'un fruit, ou d'une fleur, ou d'un autre objet qui ravit le cœur des femmes; et, courant saisir la jolie chose: «Ah! mon épouse!» fait-il, s'imaginant que c'est toi-même! «ah! Sîtâ! ah! femme au corps séduisant! ah! toi, de qui la vue est la merveille de mes yeux! où demeures-tu, Vidéhaine? où es-tu?» s'écrie-t-il en pleurant toujours. Du moment qu'il a vu dans les nuits se lever le charme de la nature, cette lune, ravissante par l'immense réseau de ses rayons froids, les yeux de Râma ne cessent point d'accompagner jusqu'au mont Asta la reine des étoiles, car l'amour, dont il est esclave, chasse le sommeil de ses paupières!»

Quand elle eut écouté ce discours, Sîtâ, au visage beau comme la lune dans sa pléoménie, répondit au singe Hanoûmat ces paroles, où le juste se mariait à l'utile: «Ce langage que tu m'as tenu est de l'ambroisie mêlée à du poison, car si d'un côté Râma n'a pas une pensée dont je ne sois l'objet, son amour d'une autre part le rend malheureux.

«Je l'espère, ô le meilleur des singes, mon époux viendra bientôt; car mon âme est pure et de nombreuses qualités sont en lui. Persévérance, force, énergie, courage, activité, reconnaissance, majesté: voilà, singe, les qualités de mon noble Raghouide.