De nombreux serpents aux venins subtils, aux langues enflammées, à l'immense longueur, se débattent et se tordent, le cou et la tête écrasés.
La belle montagne, foulée par le grand singe, fit jaillir, ici, un torrent d'eau; là, un ruisseau de sang; ailleurs, différents métaux; et, sous les pieds du quadrumane vigoureux, elle entra dans le sein de la terre avec ses arbres et ses hautes cimes.
Hanoûmat non fatigué, de qui la voix était pareille au bruit des nuages tonnants, poussa un long cri et se plongea dans le lac sans rivage du ciel; ce lac pur, dont les nuées sont le jeune gazon et la vallisnérie, dont les étoiles de l'arcture sont les cygnes qui en sillonnent la surface.
Dès qu'ils eurent ouï ce cri épouvantable d'Hanoûmat, la joie remplit aussitôt l'âme des singes impatients de revoir ce noble ami.
Djâmbavat, le plus vertueux des quadrumanes, adressant la parole à tous les simiens, ainsi qu'à leur chef Angada, prononce alors ces mots, le cœur ému de plaisir: «C'est Hanoûmat qui a complétement réussi dans sa mission; il n'y a là nul doute; car, s'il avait échoué dans son entreprise, il n'aurait pas un tel empressement!» À peine entendu ce cri du magnanime avec le battement fougueux de ses bras et de ses cuisses, les singes contents de s'élancer à l'envi de tous les côtés.
Déployant sa plus grande légèreté et d'une vigueur que doublait sa joie, Hanoûmat, à la vive splendeur, traversa de nouveau l'Océan par le milieu.
Le grand et fortuné quadrumane, voyageur aérien, s'avançait ainsi dans le ciel même, séjour accoutumé du vent, et sa fougue arrachait, pour ainsi dire, les bornes aux dix points de l'espace.
Remuant les masses de nuages et les traversant mainte et mainte fois, on le voit comme la lune, tantôt il apparaît à découvert, et tantôt il disparaît caché.
À la vue du grand singe, qui semblable à une masse de feu précipitait sa course vers eux, tous les simiens alors se tinrent, les mains réunies en coupe à leurs tempes. Descendu sur la haute montagne avec une rapidité extrême, le Mâroutide prit enfin pied sur la cime, hérissée de grands arbres. Alors tous les chefs des singes environnent le magnanime Hanoûmat et se tiennent auprès de lui, tous d'une âme joyeuse. Ils honorent le singe très-distingué, fils naturel du Vent, et lui offrent des présents, du miel et des fruits. Les uns d'éclater en joyeux applaudissements; les autres poussent des cris de plaisir, ceux-là se balancent de contentement sur les branches des arbres.
Hanoûmat à la puissante vigueur salua, inclinant son corps, le grand singe Djâmbavat à la vieillesse reculée et le prince de la jeunesse Angada.