«N'est-ce pas quand nous aurons délivré cette reine aux yeux noirs et reconquis cette fille du roi Djanaka, qu'il nous sied d'aller nous montrer sous les yeux du magnanime fils de Raghou? Autrement, que diriez-vous là? «On a vu Sîtâ, mais on ne l'a pas ramenée!» parole honteuse pour des gens qui ont du cœur, du courage et de la vigueur!

«Quoi! chacun ici est capable de franchir la mer, et pas un ne le serait d'héroïsme, quand vous n'avez pas d'égal dans les mondes, nobles singes, ni parmi les Daîtyas, ni même entre les Immortels!

«Une fois Lankâ vaincue avec ses multitudes de Rakshasas, une fois Sîtâ enlevée de force à Râvana tué, alors nous, l'âme joyeuse et notre mission accomplie, nous ramènerons la fille du roi Djanaka au milieu de Râma et de Lakshmana!»

Djâmbavat, à ce langage d'Angada, répondit en ces termes: «La pensée, héros aux longs bras, que tu viens d'exprimer ici n'est pas la mienne, prince à la grande sagesse. Fouillez, nous a-t-on dit, l'immense plage méridionale;» mais ni le roi des singes ni le sage Râma n'ont parlé de conquérir.

«Comment pourrait-il vouloir que Sîtâ fût reconquise par nous? S'il en était ainsi, le Raghouide, ce roi le plus grand des rois, il renierait donc son illustre famille! Après que notre monarque s'est engagé lui-même, en face de tous les principaux des singes, à faire de sa personne la conquête de Sîtâ, comment pourrait-il abjurer sa promesse? Cette grande chose mise à fin ne lui donnerait aucune satisfaction, et vous auriez en vain fait montre d'héroïsme, ô les plus excellents des singes! Rendons-nous donc aux lieux où Râma nous attend avec Lakshmana et Sougrîva aux longs bras: portons cet événement à leurs oreilles.»

«Bien!» lui répondent tous les singes; et, ce mot dit, ils aspirent au départ; ils s'élancent de la cime du Mahéndra et nagent de tous les côtés au sein des airs.

Tous les chefs des singes avaient mis le Mâroutide à leur tête et ne pouvaient rassasier leurs yeux de contempler cet illustre Hanoûmat à l'éminente force; Hanoûmat, le plus excellent des simiens, que saluaient à son passage toutes les créatures.

Ils arrivèrent près d'un bois couvert d'arbres et de lianes, semblable au Nandana et nommé le Bois-du-Miel. Cette forêt, bien disposée, appartenait à Sougrîva; elle ravissait l'âme de toutes les créatures, mais elle était infranchissable à tous les êtres. Le singe Dadhimoukha aux longs bras, oncle du magnanime Sougrîva, le monarque des simiens, veillait continuellement sur le bois.

Nos voyageurs abordent ce parc du souverain des quadrumanes, lieu fortuné, délicieux, aimé du cœur, et sont transportés de joie à sa vue. Puis, enchantés à l'aspect de ce grand Bois-du-Miel, les singes, Djâmbavat à leur tête, de prier Hanoûmat, qui s'approche d'Angada et lui parle en ces termes: «Daigne nous accorder une faveur, à nous, qui avons réussi dans notre mission.»

Le jeune prince loua d'une voix gracieuse Hanoûmat et lui répondit ces mots avec amitié: «Que désires-tu? parle!»