«Un jour qu'elle s'était baignée sur le sein du Mandara, le soleil dit ces mots à la nymphe, toute fière de sa jeunesse et de sa beauté: «Par l'opération d'une force écoulée de ma splendeur, il te naîtra un fils d'une immense vigueur, invincible dans les grandes batailles aux Rakshasas, aux Pannagas, aux Yakshas, aux Démons, aux Dieux; un fils, à qui les Tridaças eux-mêmes n'auraient pas la puissance d'ôter la vie.»

«Dès qu'il eut gratifié la nymphe de cette faveur éminente, le Dieu partit aussitôt. Elle fut appelé Bâlâ par le soleil, parce qu'elle était dans la fleur de l'adolescence.

«Ensuite, dans la saison qui abonde en toutes les espèces de fleurs, un jour que le bienheureux Indra se promenait, agité par l'amour, il vit cette jeune fille belle en toute sa personne; et ce Dieu, que tous les Dieux honorent, en fut ravi dans la plus haute admiration. De qui, lui dit-il, de qui es-tu la fille entre les Rakshasas, les Pannagas et les Yakshas? Tu ravis mon âme, belle timide, car tu es ce que j'ai vu de plus beau!»

«Alors il toucha de sa main fraîche comme l'onde, par la nature de son essence divine, cette nymphe bien séduisante et lui dit encore ces paroles: «Deux singes d'une forme céleste, possédant toutes les sciences, prenant à leur gré toutes les formes, naîtront de toi, noble nymphe: bannis donc ta crainte. Ces glorieux jumeaux seront appelés Bâli et Sougrîva. Il est une caverne sainte, riche de fruits et de fleurs célestes; on la nomme Kishkindhyâ. C'est là qu'ils doivent exercer l'empire sur tous les héros simiens. Il naîtra dans la race d'Ikshwâkou un prince fameux, nommé Râma, qui sera Vishnou même sous une forme humaine: un de tes jumeaux est pour s'unir d'une alliance avec lui.»

«Cet invincible seigneur de tous les rois simiens est celui-là même que tu vois debout ici tout près de Lakshmana: il surpasse les singes en splendeur, en renommée, en intelligence, en force, en noblesse, autant que l'Himâlaya dépasse en hauteur les montagnes. Il habite avec les principaux chefs la Kishkindhyâ, caverne pleine de singes, impénétrable et située au milieu d'une montagne. C'est autour de lui que resplendit cette guirlande d'or, où s'entrelacent cent lotus et dans laquelle réside la fortune, non moins agréable aux Dieux qu'elle est aimée des hommes. Cette guirlande et la belle Târâ, et l'empire éternel des singes, sont les dons que Râma fit à Sougrîva quand sa main eut donné la mort à Bâli.

«Maintenant que tu as vu, grand monarque, cette armée impatiente de combattre et pareille à la planète qui vomit des flammes, déploie tes plus héroïques efforts de manière que tu remportes la victoire et non la défaite.»

Râvana, saisi de colère, éclata en menaces à la fin du récit, et, courroucé, il jeta aux deux héros Çouka et Sârana, ces reproches d'une voix bégayante de fureur: «Tenir un discours si blessant au roi qui dispense et les faveurs et les peines, c'est un langage qui, certes, ne convient pas dans la circonstance à des conseillers qui vivent dans sa dépendance! Des paroles comme celles que vous avez dites l'un et l'autre siéent à des ennemis déclarés et qui s'avancent pour le combat; mais dans votre bouche, elles ne sont point à louer.

«Certes! j'enverrais à la mort ces deux coupables, qui osent vanter les forces de mes ennemis, si leurs anciens services n'inclinaient mon courroux à la clémence: ils iraient voir à l'instant même, envoyés par moi, le Dieu sombre Yama!

«Que ces deux méchants sortent d'ici et s'éloignent vite de ma présence! je ne veux plus vous avoir sous les yeux, vous de qui les paroles offensent!»

À ces paroles, les deux ministres Çouka et Sârana, tout confus, de saluer ce monarque aux dix têtes avec le mot d'usage: «Triomphe!» et de sortir à l'instant.