Quand il eut fendu par morceaux cette montagne aux admirables et nombreux plateaux couverts d'arbres, au faîte aérien et sublime, le formidable monarque prit une flèche terrible, semblable à un grand serpent. Il encocha cette arme scintillante, pareille à une flamme et d'une vitesse égale à celle du vent; puis il envoya au souverain des troupes simiennes ce trait aussi rapide que le tonnerre du grand Indra. Le dard, lancé par la main de Râvana, ce dard à la pointe aiguë, au corps semblable à celui de la foudre, atteint Sougrîva et le perce avec impétuosité: tel Kârtikéya d'un coup de sa lance transperça le mont Krâauntcha.

Le roi blessé par la flèche pousse un cri et tombe sur la terre, l'âme égarée, en proie à l'émotion de la douleur. À l'aspect du noble singe étendu sur le champ de bataille, les Yâtoudhânas, pleins de joie, la font éclater en acclamations: mais Gavâksha, Gavaya, Soudanshtra, Nala, Djyotirmoukha, Angada et Maînda arrachent les rochers d'une grosseur démesurée et courent à l'envi sur l'Indra même des Rakshasas. Ce terrible monarque rendit inutiles tous les coups des singes avec des centaines de traits à la pointe aiguë, et blessa les héros quadrumanes avec ses multitudes de flèches à l'empennure embellie d'or.

Sur ces entrefaites, le fils du Vent, Hanoûmat à la grande splendeur, voyant Râvana lancer partout ses projectiles, s'était avancé contre lui.

Il s'approcha du char et, levant son bras droit, il fit trembler ce héros: «Eh quoi! les singes t'inspirent de la crainte, lui dit le sage Hanoûmat, à toi, qui as pu briser les Nâgas et les Yakshas, les Gandharvas, les Dânavas et les Dieux, grâce à ce que la faveur obtenue de Brahma te mit de leur côté à l'abri de la mort!

«Ce bras de moi à cinq rameaux, ce bras droit que je tiens levé, arrachera de ton corps l'âme qui l'habite et dont il fut trop longtemps le séjour!»

À ces mots d'Hanoûmat, Râvana au terrifiant courage lui répondit en ces termes, les yeux rouges de colère: «Sus donc! attaque-moi sans crainte! couvre-toi d'une solide gloire! je n'éteindrai ta vie qu'après avoir expérimenté ce que tu as de vigueur!» À ce langage de Râvana le fils du Vent répondit: «Souviens-toi que c'est moi qui naguère t'enlevai ton fils Aksha!» Sur ces mots, le vigoureux monarque des Rakshasas, le Viçravaside à la splendeur flamboyante, asséna au fils du Vent un coup de sa paume dans la poitrine. À ce rude choc, le singe alors chancelle un instant; mais, saisi de colère, il frappe également de sa paume l'ennemi des Immortels.

Sous le coup violent de ce quadrumane impétueux, le monarque aux dix têtes fut secoué comme une montagne dans un tremblement de terre. À l'aspect du Rakshasa ébranlé dans le combat par une paume vigoureuse, les Démons et les Dieux, les Siddhas, les Tchâranas et les plus grands saints poussent à l'envi des cris de joie. Quand il eut repris le souffle: «Bien, singe! tu as de la vigueur, lui dit Râvana à la vive splendeur; tu es un ennemi digne de moi!» Hanoûmat répondit à ces mots: «Honte soit de ma vigueur, puisqu'elle n'a pu briser ta vie, Râvana! Livre maintenant un combat sérieux! Pourquoi te vanter, insensé? Mon poing va te précipiter dans les abîmes d'Yama!» Ces paroles du quadrumane ne firent qu'ajouter à la fureur du noctivague; et celui-ci, l'âme tout enveloppée par le feu de la colère, jeta des flammes, pour ainsi dire.

Les yeux affreusement rouges, le vigoureux Démon lève son poing épouvantable, qu'il fait tomber rapidement sur la poitrine du simien. Frappé de ce poing terrible dans sa large poitrine, le grand singe en fut tout ému, perdit connaissance et chancela. Aussitôt qu'il vit Hanoûmat privé de sentiment, Râvana, qui excellait à conduire un char, fondit sur Nîla rapidement, à toute vitesse.

Quand le resplendissant Hanoûmat à la grande vigueur et plein de vaillance eut recouvré le sentiment, il ne songea point à tirer parti de la circonstance pour ôter la vie à Râvana; mais, arrêtant sur lui ses regards, il dit avec colère: «Guerrier versé dans la science des batailles, ce combat est inconvenant aux yeux de tout homme qui n'ignore pas les devoirs du kshatrya: tu ne devais pas m'abandonner pour t'en aller combattre avec un autre!»

Mais le vigoureux monarque des Yâtavas, sans faire cas de ces paroles, coupa en sept morceaux, avec sept flèches, la cime de montagne lancée par Nîla.