Avec la jeune Alma Mater, la ville de Louvain se reprit à la vie et à l'espérance. Consciente de sa dignité et du rôle important qu'elle était appelée à jouer, elle voulut se parer de joyaux artistiques incomparables. L'année même de la fondation de l'université on commençait, sous la direction de l'architecte Sulpice Van Vorst, de Diest, la construction de la collégiale Saint-Pierre; le chœur était achevé en 1434, mais les travaux de l'église durèrent jusqu'au commencement du XVIe siècle. De magnifiques tours de style flamboyant devaient couronner l'édifice et lui donner l'envolée des plus belles cathédrales; des écroulements successifs firent abandonner ces projets et le monument conserva toujours l'aspect d'une œuvre inachevée. L'intérieur présentait un ensemble impressionnant par l'élancement des voûtes, l'élégance des proportions, la pureté des lignes; sept chapelles polygonales entouraient l'abside du chœur.
La collégiale de Louvain renfermait des trésors artistiques. D'après un dessin de Mathieu de Layens, on exécuta, en 1450, pour l'église Saint-Pierre, un tabernacle en pierres d'Avennes: c'était une gracieuse et légère tourelle pyramidale, fourmillant des sculptures les plus fines. A l'entrée du chœur on admirait un jubé dont les trois arcades ogivales, portées par de sveltes colonnes, soutenaient des myriades de statuettes. Citons encore la chaire en bois sculpté et le remarquable porche de la Renaissance, tout orné de dentelles, de festons, de guirlandes, de médaillons.
Deux chefs-d'œuvre célèbres de Thierry Bouts éclipsaient les autres toiles, remarquables cependant, qui ornaient l'église Saint-Pierre. C'étaient la Cène, une des perles les plus pures de l'école flamande, où parmi les spectateurs on remarquait le portrait du peintre, et le Martyre de saint Erasme, tryptique dont les volets représentaient saint Jérôme et saint Bernard, œuvre au coloris brillant et poli.
Les barbares ont livré aux flammes la superbe Collégiale de Louvain; il n'en reste qu'une carcasse vide et décharnée... Les vieilles tapisseries flamandes ont été brûlées; le magnifique tabernacle est en ruines. Par miracle les chapelles qui entourent le chœur où se trouvaient les chefs-d'œuvre de Thierry Bouts ont été préservées de l'incendie. Les deux toiles ont échappé aux flammes qui les ont frôlées; les mains pieuses d'un de mes collègues de l'Université les ont placées en lieu sûr.
Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations). Copyright.
LES HALLES D'YPRES EN FEU