YPRES

LA destruction systématique des monuments d'Ypres par l'armée allemande, destruction nullement justifiée ou seulement explicable par quelque nécessité stratégique, fournit une marque nouvelle de cet état d'esprit germanique qui veut la guerre non seulement contre les hommes mais aussi contre les idées.

La première manifestation éclatante de cette mentalité de barbares fut l'incendie et le sac de Louvain.

La seconde fut le bombardement de la cathédrale de Reims.

Une troisième, à n'en pas douter, résulte de l'acharnement obstinément déployé contre le beffroi et les halles d'Ypres.

Louvain c'est le centre de culture et de diffusion de la science catholique. L'Université de Louvain, l'Alma Mater, c'est par essence la citadelle spirituelle de la science en harmonie avec la foi. C'est contre elle que le crime, froidement prémédité et accompli, était préparé. L'incendie et le pillage de la célèbre bibliothèque, la dévastation de la cathédrale le proclament nettement.

Les persécutions et les fusillades dont furent victimes tant de prélats, de moines et de prêtres en Belgique, le bombardement oiseux de la cathédrale de Malines, furent suscités par les mêmes mobiles, par la même haine sectaire de l'empereur protestant qui, tel un enfant gâté, croit annihiler une tradition ou une doctrine en jetant bas un édifice qu'elle avait inspiré.