Je suis aussi d'avis que, par suite des guerres d'extermination dont la Perse a souffert, les limites désertiques se sont étendues. La Perse est un désert, avec des villages séparés par des intervalles de quelques milles, et péniblement entretenus en vie par le moyen de l'irrigation. Quand l'eau vient à cesser, les villageois s'en vont; inversement, quand les villageois ont été tués, les canaux s'obstruent, l'eau manque et le désert s'agrandit.

En dehors du Lout, il y a bien des régions en Perse où, pendant trois ou quatre étapes, on ne rencontre pas de villages. Tous ces déserts en miniature reproduisent les traits du grand. Je dois ajouter encore que, comme tout l'indique, la chute de pluie a diminué. La cause à la fois et la conséquence de ce fait, c'est que le pays est à peu près dépourvu d'arbres. Les deux grandes nécessités pour la régénération matérielle de la Perse sont donc l'eau et la reforestation.

AVANT D'ARRIVER À KIRMAN, NOUS AVIONS À TRAVERSER LA CHAÎNE DE KOUHPAIA (page [312]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

J'ai la prétention, que je crois justifiée, d'être le premier Européen qui ait traversé cette partie du Lout, bien que, au moment où j'étudiais la question, je fusse persuadé que je suivais les traces de Marco Polo. D'ailleurs, avec des arrangements convenables, la route n'offre pas de grandes difficultés, au moins pendant sept mois de l'année. C'est la principale route de Kirman à Mechhed, et elle est suivie en conséquence par des milliers de voyageurs, spécialement par des pèlerins.

Au delà de Toun, nous prîmes la direction du sud et, après avoir quitté la zone cultivée, nous entrâmes dans un district de collines basses, noires, brûlées de soleil. Tous les quatre milles, nous rencontrions des réservoirs d'eau, connus sous le nom de hauz, et consistant en voûtes souterraines, où l'on entre par des escaliers. L'eau qui s'y trouve est généralement souillée; ils en manquent tout à fait dans les années sèches.

Pendant la seconde journée, tandis que nous rampions péniblement dans la plaine, nous vîmes apparaître une chaîne de montagnes neigeuses qui n'était marquée sur aucune carte. Le lendemain, nous étions au village de Duhuk, dans une dépression de cette chaîne, dont la hauteur doit bien atteindre 2 700 mètres et qui s'appelle le Mour Kouch.

Les habitants montraient une curiosité intense et bien naturelle à voir les premiers Européens venus dans leur pays. Elle était encore augmentée, nous dirent-ils, par ce qu'ils avaient entendu des pèlerins sur les miracles accomplis, plus ou moins extraordinaires, par les Farangis, spécialement à Bombay.

Cette partie du Lout se trouvait beaucoup plus peuplée que nous ne l'avions cru. Nous passâmes par les villages d'Arababad et de Zenagoun, d'où une route de 50 milles nous mena à Naïband. Nous fîmes halte à Ab-i-Garm, qui était un vrai kavir, quoique d'un type un peu anormal. Le district environnant se drainait dans le marais, dans lequel on trouvait des eaux saumâtres. Les tamaris étaient en abondance; quelques bêtes à cornes paissaient l'herbe grossière, et nous levâmes quelques canards.