Le jour avant notre séparation, on organisa des jeux athlétiques, qui, commencés par une course de chameaux, allèrent convenablement jusqu'aux exercices de lutte. Mais alors il se produisit des désordres que nous eûmes beaucoup de peine à calmer. La foule envahit l'arène, et se mit à maltraiter les champions malheureux, et pendant un moment, on se battit à coups de bâton et de pierres. À la fin, le tumulte s'apaisa, grâce à l'intervention du colonel Holdich.—Les Baloutches avaient cru sérieusement que la guerre était déclarée, et ils s'assemblaient en grand nombre, pour nous aider, disaient-ils.
Un incident assez amusant suivit: l'Asad-u-Dola annonça son intention de bâtonner tout le monde. En conséquence, mes tentes, dressées un peu à l'écart du camp, furent envahies par tout le régiment persan, qui venait y chercher asile. L'Asad-u-Dola harangua ses hommes, mais en vain, puis fit appel à mon assistance. Finalement, sur la suggestion du colonel Holdich, on décida qu'on punirait le principal délinquant de chaque parti.
JARDINS DU SANCTUAIRE DE MAHOUN.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Nous donnâmes un grand banquet pour célébrer le mémorable événement de la fixation, opérée en un mois, de plus de 300 kilomètres de frontières. Cela fait, plus que des volumes, l'éloge du plan adopté par les commissaires en chef. À cette occasion, je mentionne un petit épisode raconté dans le livre de ma sœur, Through Persia on a Side Saddle: «Fat-Hadji Khan, l'interprète du commissaire persan, s'avança vers nous, et se mit soudain à chanter le Highland Laddie, qu'il avait appris, nous dit-il, d'une dame anglaise à laquelle il s'était tendrement attaché durant son séjour à Londres».
Le lendemain, de bonne heure, nous partions de Kouak, après le plus cordial des adieux. Ainsi se terminèrent les travaux de la Commission des frontières perso-baloutches.
Nous avions à traverser, jusqu'à Quetta, le Baloutchistan britannique. Ce pays jusqu'ici n'a pas eu d'historien, bien que les matériaux de son histoire soient tout prêts. Géographiquement, sa partie occidentale consiste, au nord, en un désert qui s'étend jusqu'au Helmand, et, au centre et au sud, en vallées longues et étroites, se dirigeant, avec la plus grande régularité, du nord-est au sud-ouest. Plus à l'est on entre dans les montagnes baloutches, rameaux du puissant Hindou-Kouch, et c'est sur le grand plateau qu'elle supporte que sont situés Kelat et Quetta. Comme on peut le penser, le climat de la partie occidentale du pays est à peu près le même que celui du Baloutchistan persan, et l'on trouve à Pandjgour des dattes qui sont parmi les meilleures du monde entier; mais entre Kelat et Quetta, le froid est parfois intense, et je me rappelle que le colonel Wahab me montra un endroit où son expédition avait été surprise par une tempête. Dans l'obscurité, ils avaient posé leurs tentes à l'abri d'un monticule, qui se trouva, le lendemain, être composé de bœufs achetés par le commissariat et morts gelés. Les populations du Baloutchistan britannique sont fort diverses. Le Kharan est peuplé de Nochirouanis et de diverses races sujettes, le Pandjgour de Gichkis, le Kelat d'une population mêlée de Brahouis, de Rinds, d'Afghans, d'esclaves Dehwar et d'Hindous.