Pour laver les impuretés du passé et commencer la nouvelle année libre de souillure, le soir du 12 avril, les femmes ont coutume de jeter de l'eau sur chaque homme qu'elles rencontrent, et les hommes ont droit de leur riposter. On peut imaginer si cette licence engendre une gaieté folle, principalement parmi les jeunes femmes qui, armées de longues seringues et de flacons, entreprennent de jeter de l'eau sur chaque homme qui passe, et, à leur tour, reçoivent celle qu'on leur jette avec une parfaite bonne humeur. Mais il est défendu d'employer de l'eau sale, et il n'est personne, homme ou enfant, qui ait le droit de porter les mains sur une femme. Lors même qu'une femme refuserait de prendre part au jeu, elle ne doit point être molestée, car elle est supposée avoir pour excuse la maladie.
Je n'ai pas passé cet anniversaire sur le territoire d'Ava, mais je puis en parler d'après le témoignage de deux Anglais qui vinrent après nous à Amarapoura, et qui furent invités par un des woons à participer chez lui à l'amusement national.
À leur entrée dans la maison du haut et puissant fonctionnaire (un de nos vieux amis), les deux voyageurs reçurent chacun une bouteille d'eau de rose, dont ils versèrent une partie dans les mains de leur hôte, qui la répandit aussitôt sur ses vêtements, de la plus fine mousseline à fleurs. La dame du logis parut alors à la porte, donnant à comprendre qu'elle ne pouvait elle-même participer au jeu; mais, sur son invitation, sa fille aînée, une charmante enfant, encore dans les bras de sa nourrice, retira d'une coupe d'or un peu d'eau de rose, mêlée avec du bois de sandal, et en répandit sur son père ainsi que sur chacun des voyageurs. Ce fut le signal, et le jeu commença; les étrangers s'y étaient préparés en s'habillant tout de blanc.
Aussitôt une quinzaine de jeunes femmes se précipitant des appartements intérieurs dans la salle, et entourant le woon et les deux invités, les inondèrent sans merci. Si l'un d'eux se montrait contrarié d'avoir la face changée en gouttière, ces jeunes filles riaient de tout leur cœur. Les mêmes scènes se passaient au dehors. À la fin, tous les partners de ce jeu aquatique étant fatigués et complètement trempés, il fut loisible à chacun de rentrer chez soi pour changer d'habits.
Une heure après, nos compatriotes retournèrent à la maison du woon et furent régalés d'une danse et d'un spectacle de marionnettes, qui durèrent jusqu'à la naissance du jour. La nouvelle année était inaugurée.
... Nous touchions au terme fixé à Calcutta pour le retour de notre mission. Le major Phayre, comprenant que toute insistance pour obtenir du roi la ratification du fameux traité était désormais superflue, demanda son audience de congé. Elle fut fixée au 21 octobre.
Les souwars de la cavalerie irrégulière et la moitié des Européens nous escortèrent jusqu'au palais pour voir l'éléphant blanc; la musique nous accompagna, le roi ayant manifesté le désir de l'entendre. La réception eut lieu dans le même emplacement et avec les mêmes circonstances qu'auparavant; les bayadères du roi tournaient dans la myé-nan, et les belles musiciennes, avec leurs mitres en tête et leurs robes bariolées, jouaient sur leurs instruments dans les verandahs. Au bout de vingt minutes, le roi entra et se jeta, à moitié couché, sur un sofa. Il portait un simple tsal-wé de vingt-quatre rangs à la manière accoutumée. Après quelques minutes de silence, il demanda à l'ambassadeur: «Quand partez-vous?
L'ambassadeur. Sire, après-demain.
Le roi. Combien de jours vous faudra-t-il pour descendre le fleuve?
L'ambassadeur. Nous pourrions faire le trajet en trois jours, mais je désire m'arrêter à Pagán et dans d'autres localités.