DES «BOERIN» BIEN PRISES EN LEURS JUSTINS MARCHENT EN ROULANT, UN JOUG SUR LES ÉPAULES.

PAR INTERVALLES UNE FEMME SORT AVEC DES SEAUX; ELLE LAVE SA DEMEURE DE HAUT EN BAS (page [418]).

C'était le matin. À tout instant, je rencontrais des maraîchers ou maraîchères, les uns en voitures basses, traînées par des petits chevaux poilus, les autres poussant des charrettes chargées de légumes, beurre, œufs ou lait.

Trip, trep, trip, trep.... Cela trottait sans hâte (on ne se presse jamais en Hollande) à petit trot mou, vite arrêté.

Des boerin (jeunes filles), bien prises en leurs justins, les hanches bouffantes de grosses jupes, marchaient en roulant, un joug sur les épaules, offrant à leurs clients le lait ou le beurre périodiques, en des seaux bleus ou verts à couvercles, d'une propreté méticuleuse.

Le type n'est pas très joli, je veux dire pas très fin, car la beauté est extrêmement discutable et l'on voit tous les jours des gens se pâmer devant les chairs de Rubens, lequel, comme on le sait, ne peignit guère que des Flamands obèses.

Ces demoiselles, par contre, n'ont pas de timidité. Plus d'une, arrivant les mains à la ceinture, les épaules agitées d'un mouvement sec, s'arrêtait devant mon regard, se campait d'un air coquet et me faisait signe qu'une pièce de monnaie serait pour elle un excellent bénéfice. Si j'essayais de la croquer à l'improviste, elle poussait un cri de colère, et me tournait le dos avec ostentation.

En d'autres lieux, à Marken par exemple, cet impôt sur l'étranger est devenu presque un droit, voire un abus ridicule....

Middelburg!... ville proprette, aux rues toutes pareilles. Alentour, des canaux où flottent des trains de bois. Deux ou trois moulins colossaux dominent les toits. Quelques vieux monuments de style. Des carillons chanteurs sonnent les heures, s'égrènent tout à coup sur le silence ouaté des voies quasi désertes, presque veuves de boutiques.

On se promène peu, en Hollande; on ne flâne point. On vit chez soi, bien enfermé dans sa maison close, nette, claire et ordonnée. Pas de maisons de rapport à cinq, six ou dix étages. Chaque famille a son logis, son hôtel, où ne pénètrent que des gens connus, dont on est sûr.