Brrr! il fait frais. Je suis bien tenté de chanter la gloire des Zélandais, du haut de mon promontoire; mais le moulin qui tourne en cadence à l'extrémité du village, semble me faire la nique avec ses grands bras fuyants.
Je rentre au «Roode Leeuw, logement en koffiehuis». Les joueurs de billard sont partis. Le patron fume sa pipe auprès du fourneau, tandis que la fille pèle des pommes de terre.
La bourgeoise me donne à examiner son pouce, et me montre la porte d'une pièce voisine. Je me rends à cette invitation péremptoire et je trouve sur une nappe un verre de lait, deux œufs et du fromage... menu frugal des cénobites de la Gaule, au temps des Barbares.
L'estomac creusé par un après-midi de pérégrinations, je réclame bruyamment la suite. Il n'y a pas de suite. La dame me regarde avec consternation, et compose un nouveau discours, auquel je n'entends rien.
—Brood en melk (pain et lait), lief moeder (jolie maman), lui montrai-je sur mon Lexique, d'un geste impératif.
—Begrijpen (Compris)!
Hélas! je dus me réconforter de tartines beurrées, arrosées de bière et de lait.
Quand j'eus apaisé ma fringale, je rejoignis la famille, près du fourneau où ronronnait une bouillotte. La fille pelait toujours ses tubercules, et la mère, le cou penché, se grattait méthodiquement la nuque, tandis que le père, béatement enfoncé dans un fauteuil de bois, soufflait des ronds brumeux de sa pipe robuste.