LE VILLAGE DE ZOUTELANDE.
Ce petit monde, aux vives couleurs, ne tarda pas à me laisser seul dans Zoutelande, pour entrer au parvis scolastique.
Je fis le tour du village. Pas une âme. Portes closes. Fenêtres mystérieuses. Silence. Nul lavoir résonnant de battoirs sonores. Aucune ménagère conversant avec une voisine, ou travaillant dans son courtil. Par intervalles, une femme sort avec des seaux d'eau et un immense balai; elle lave sa demeure du haut en bas, gravement, monte jusqu'au toit pour essuyer les tuiles, et referme sa porte, derrière laquelle on la devine, lavant encore, essuyant toujours, fourbissant sans cesse, grattant et ornant.
On a beaucoup parlé de la propreté hollandaise. Elle n'est pas un mythe. Ce peuple a l'orgueil de la netteté. Vivant au milieu de l'eau, sous un ciel pluvieux, gratifié de vents tourbillonnants, il emploie l'un et l'autre à emporter les immondices, la poussière et le mauvais sort.
La pauvreté, en ces parages, semble inconnue; si elle existe, elle est si propre qu'on ne la voit pas. Chaque famille se lègue, de génération à génération, les meubles massifs autour desquels on coule sans secousse une vie pesante.
LES GRANDES VOITURES EN FORME DE NACELLE, RECOUVERTES DE BÂCHES BLANCHES (page [414]).
L'humidité ambiante, le rétrécissement forcé des routes terrestres, le manque d'agriculture, d'industrie, sont pour beaucoup dans ces mœurs. Puis la Hollande est un pays de bourgeois, de bateliers et de courtiers, toutes situations sociales où le confort se trouve d'habitude.
Le moindre métayer vous impose par son vêtement, sa faïence et son huis reluisante. Il donne l'impression d'un homme sûr de lui, de son passé, de son présent, de son avenir, nullement inquiété par un impôt progressif, une politique effarante ou une nervosité de mauvais augure.