Cascade de la Druïse.—Dessin de Karl Girardet d'après M. A. Muston.
Die a conservé une partie de ses anciennes murailles, flanquées de tours, mais son église cathédrale, saccagée par les protestants, a été reconstruite au dix-septième siècle, telle qu'elle est aujourd'hui; aussi offre-t-elle peu d'intérêt. Les antiquaires y sont généralement plus heureux que les archéologues, car ils y trouvent un grand nombre de fragments de colonnes, de pierres sculptées, de mosaïques, et ils peuvent en outre s'y procurer la satisfaction de déchiffrer, de copier, de traduire, de commenter cinquante-six inscriptions, sans compter celles qui sont encore enfouies dans les murailles ou sous le sol actuel, et qu'ils pourraient parvenir à déterrer s'ils les cherchaient bien. Parmi les touristes affligés de douleurs rhumatismales, plus d'un se félicitera d'être venu à Die et d'y avoir passé quelques jours, soit dans l'établissement du docteur Chevandier, soit dans celui du docteur Benoît, au Martouret. Les bains de vapeur résineuse, inventés par les paysans des environs et perfectionnés par ces habiles praticiens, ont, en effet, pour résultat presque infaillible de soulager et même de guérir les diverses variétés de ces maladies, aussi cruelles qu'inconnues, que la médecine désigne sous le nom général de rhumatisme.
Le Velan et le Plan-de-Baix vus des sources du Ruïdoux.—Dessin de Karl Girardet d'après M. A. Muston.
Les environs de Die sont agréables à visiter. L'une des vallées les plus intéressantes est celle de Roumeyer, qui s'ouvre au nord et à peu de distance de la ville. L'entrée en est étrangement pittoresque (voir la gravure de la page [385]). Si les rochers qui la forment s'avançaient encore un peu l'un vers l'autre, ils se toucheraient dans leur partie supérieure, en laissant au-dessous de ce pont naturel un passage suffisant pour la rivière et la route. Ce curieux défilé franchi, on voit s'étendre devant soi une jolie vallée, riche en prairies, bordée de collines boisées, que dominent les crêtes bizarres, majestueuses et nues du mont Glandaz (voir la gravure de la page [383]). Si, après avoir traversé le village, on continue à suivre le ruisseau en le remontant, on ne tarde pas à atteindre la source ou plutôt les sources de ce cours d'eau. Au pied d'un grand rocher de poudingues, dont une verdure variée décore toutes les fentes, jaillissent, entre les pierres, la mousse et le gazon, quatre sources limpides qui ne tarissent jamais....
Descend-on au contraire la vallée de la Drôme de Die à Valence, on traverse, avant d'atteindre la petite ville de Crest, le bourg d'Aouste (on prononce Oste), ancienne colonie romaine, connue jadis sous le nom d'Augusta. Les habitants de ce bourg, dont le nombre dépassera bientôt deux mille, ont assez d'esprit pour vivre en bonne intelligence, bien que la moitié de la population professe la religion catholique et l'autre moitié la religion protestante. Une route nouvelle, encore inachevée, et qui partira d'Aouste, doit relier dans une dizaine d'années la vallée de la Drôme à celle de l'Aygues par la forêt de Saou et Bourdeaux. Cette route s'appelle la route du Pas de Lauzun. Elle doit ce nom à un défilé assez semblable à ceux que nous avons déjà admirés dans les Goulets, dans les gorges d'Omblèze et à l'entrée de la vallée de Roumeyer. Le passage est étroit: les rochers semblent vouloir se rejoindre au-dessus de la route, taillée au ciseau en encorbellement ou en corniche. Le ruisseau fait une jolie chute au fond de la gorge. Ce chemin, attribué à tort ou à raison aux Romains, n'a jamais été honoré, que je sache, de la visite de ce favori de Louis XIV qui épousa en secret la petite-fille de Henri IV. S'il porte ce nom fameux, c'est qu'on exploite dans le voisinage une carrière de grandes pierres plates que les paysans appellent des lauzes.
À peine a-t-on dépassé le seuil de cette singulière porte naturelle, que l'on entre dans une petite vallée étroite mais verdoyante, où le ruisseau qui l'arrose, et qui descend des hauteurs de Roche-Colombe, paraît se plaire à folâtrer. On serait volontiers tenté de l'imiter. De jeunes bois taillis couvrent les deux versants qu'ombrageaient jadis des forêts séculaires. Le calme est profond, l'air embaumé: le thym, la lavande, le serpolet abondent sur les rochers où un charmant oiseau, le grimpereau des murailles, aime à faire son nid. Que de lieux obscurs et solitaires ravissent ainsi le voyageur qui voudrait s'y fixer pour longtemps, quelquefois même pour toujours, s'il lui était permis d'y vivre entouré de ceux qu'il aime, mais qui passe, comme le torrent ou le nuage, sans pouvoir s'arrêter au gré de son caprice, emportant avec ses souvenirs la triste certitude de ne jamais les revoir! Heureusement pour lui les tableaux nouveaux que la nature lui offre incessamment adoucissent l'amertume de ses regrets en lui inspirant d'autres désirs non moins vifs et aussi vite oubliés!