Elle achevait à peine sa prière, qu'un des bras du Christ fixés à la croix, s'en détachait, s'étendait comme pour prêter serment, et retombait inerte le long du corps; jamais il ne s'est relevé.

Je n'avais pas encore franchi le Tage. Le pont Saint-Martin était voisin. Désireuse d'apercevoir Tolède de la rive opposée, je m'y engageai comme le jour commençait à décroître. À mesure que je gravissais la côte du Palau, le soleil se penchait davantage vers l'horizon.

Je me retournai, et, au ras de l'horizon tranquille, des maisons bordaient le sommet du ravin, enveloppées dans une lumière qui les frappait de face, et semblait rebondir. Voici que l'ombre monte du ravin; déjà, l'on distingue à peine, mêlées aux rochers, les tours en ruines et les courtines démantelées; mais elle s'élève le long des pentes escarpées, elle met un gris violacé très fin sur la blancheur des murailles; seuls, les pinacles de San Juan de los Reyes s'illuminent de rose. C'est le dernier adieu du soleil, le dernier baiser que recevra Tolède avant de s'endormir.

Comme je descendais, j'entendis un rire de femme au-dessous de moi. Un soldat au masque pâle, à la peau mate, aux reins cambrés, serrés dans sa courte veste de cavalier, aux jambes nerveuses, qu'emprisonnaient la culotte d'ordonnance, enlaçait une taille souple qui s'abandonnait. Il parlait bas, elle riait haut; elle riait d'être belle, d'être jeune, de se sentir aimée. Ils ne me virent pas.

Les œillets rouges qui naissaient sur les lèvres de l'enfant, éteignaient par leur éclat le rose délicat des pinacles de San Juan; et il me souvint du refrain tolédan:

La terre engendre tout,
Le soleil dore tout,
L'argent achète tout,
Sauf l'amour qui vainc tout.

(À suivre.) Jane Dieulafoy.

DÉTAIL DU PLAFOND DE LA SACRISTIE DE LA CATHÉDRALE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.