«Votre cœur, lui dis-je, vous permettrait de faire de semblables choses, et à un homme qui a un si beau nez?»

«—Oui; je me mépriserais maintenant, si je le reprenais, fût-il encore plus beau. Mais je suis sûre d'une chose, je n'aimerai jamais aucun autre, jamais. Il dansait si bien!»

La toilette des négresses. — Avenir des mulâtres.

Le goût de la parure est, comme on sait, très-développé dans la race noire. Il n'y a rien de plus étonnant que le costume des femmes: «Il est impossible de leur refuser, dit M. Trollope, beaucoup de goût et une grande faculté d'assimilation. En Angleterre, parmi nos femmes de chambre et même nos filles des champs, la crinoline, les fleurs artificielles, les longues tailles, les manches flottantes, sont devenues communes; mais elles ne les portent pas comme si elles y étaient habituées. Elles ont généralement dans leurs habits de dimanche quelque chose d'emprunté. Chez les négresses, rien de pareil. D'abord elles ne connaissent pas la honte; ensuite, elles ont généralement de belles proportions et savent les faire valoir. Leurs costumes, les jours de fête et les dimanches, sont assurément merveilleux. Elles ne se contentent pas de calicots imprimés: il leur faut des mousselines et des soies légères, je ne sais à combien le mètre. Elles portent des robes d'une énorme ampleur. On peut voir, par un dimanche matin, trois dames occuper toute la largeur d'une rue qui, le jour précédent, frottaient de la vaisselle ou portaient des pois sur leur tête dans la ville. Cela ne les empêche pas de se promener dans leur belle toilette comme si elles n'avaient porté rien d'autre depuis l'enfance.

«Un dimanche soir, j'étais très-loin dans la campagne, à cheval, avec un planteur, qui me promenait dans sa propriété; je vis passer une jeune fille qui s'en revenait à pied de l'église. Elle était, des pieds à la tête, vêtue de blanc. Elle avait des gants et tenait un parasol ouvert. Son chapeau de paille était aussi clair, orné de dentelles blanches. Elle marchait avec une majesté digne d'un tel costume; par derrière venait sa suivante portant le livre de prières de la jeune personne sur la tête. Une négresse porte tout sur la tête, depuis la cruche remplie d'eau qui pèse cent livres jusqu'à une bouteille de pharmacien.

«Quand nous arrivâmes près d'elle, elle se retourna et nous salua. Elle salua, car elle reconnut son maître, mais avec beaucoup de dignité, car elle avait conscience de sa belle toilette. La fille qui suivait derrière avec le livre de prières fit la révérence ordinaire, en se baissant puis se relevant plus vite que la pensée.

«Qui est cette princesse? dis-je à mon compagnon.

«—Vous voyez deux sœurs qui travaillent toutes deux à mon moulin, dit mon ami. Dimanche prochain les rôles vont changer. Polly aura le parasol et le chapeau, et Jenny portera le livre de prières derrière elle sur sa tête.»

La race mêlée est celle qui paraît à M. Trollope destinée à recueillir l'héritage de la prospérité des anciens planteurs. «Le mulâtre, bien qu'il soit sous certains aspects une détérioration du nègre, sous d'autres du blanc, l'emporte aussi sur tous deux sous certains rapports. En règle générale, il ne peut pas travailler comme fait le noir. Il ne pourrait pas rester dans les champs de canne pendant seize heures sur vingt-quatre, comme fait l'esclave de Cuba; mais il peut travailler sans danger sous un ciel tropical et faire une bonne journée. Il n'est pas sujet à la fièvre jaune comme le blanc, et il est aussi protégé par sa constitution contre les effets de la chaleur que le climat l'exige.

«Il n'y a pas encore eu, que nous sachions, de Galilée, de Shakspeare parmi les mulâtres. Il est possible même qu'il y en ait peu qui puissent se rendre un compte exact du génie de tels hommes. Mais nier que le mulâtre ait une large part de l'intelligence et de l'ambition de ses ancêtres blancs, c'est je crois une sottise et de plus une méchanceté; parce qu'une telle assertion ne peut naître que d'un injuste désir de leur fermer les portes du progrès.»