Peu à peu, la roche finit par l'emporter sur la végétation; les pins se rabougrissent, si bien qu'au sommet d'une interminable côte, il n'y a plus que des broussailles et des mousses, mais on a atteint la vallée de la Laagen qui se déroule à vos pieds comme un long ruban. Un nuage noir, semé de reflets rougeâtres par le soleil couchant, se balance au-dessus du fleuve. Plus bas encore apparaissent Kongsberg, ses usines royales et la chute de Larbrö, qui fournit à l'exploitation minière son puissant moteur.

Kongsberg est la seconde ville minière de Norvége et le centre des mines d'argent et de cobalt; c'est là que s'élabore le minerai recueilli à quelques lieues à la ronde.

Les mines d'argent forment une portion importante (un dixième) du revenu de l'État. Administrées sagement et en prévision d'un épuisement possible, elles ne rendent qu'une somme fixe par an. Elles ont été beaucoup plus riches, mais la première veine cessa subitement au siècle dernier, et ce ne fut qu'après un long intervalle qu'on trouva la veine actuelle.

Les mines de cobalt situées à quatre milles de Kongsberg sont en pleine exploitation.

La ville, groupée autour de l'église, domine un peu la chute et les scieries qu'elle alimente.

Le Gœstgivegaard, décoré du nom français d'Hôtel des Mines, est tenu par un jeune homme fort complaisant, qui met à notre disposition un phaéton pour aller aux puits même de la mine.

Ils sont à trois ou quatre lieues de Kongsberg, dans un pays stérile, plein de roches et de pins rabougris; la route, à peine faite, serpente dans ce dédale de pierres et d'arbres.

On se demande comment les équipages à quatre chevaux de la cour de Suède ont pu conduire par ces horribles sentiers le prince Napoléon qui, dans ses rapides voyages polaires, a visité les puits de Kongsberg.

Nous dépassons cinq ou six établissements mus par l'eau et destinés aux préparations successives du minerai avant son entrée dans l'usine de Kongsberg. Tout cela est fait avec ce luxe de charpente qu'on ne peut trouver qu'en Norvége ou en Amérique: de gigantesques viaducs amènent l'eau d'un côté et le minerai de l'autre. Bientôt les résidus terreux s'amassent en monceaux énormes et envahissent la charpente primitive, un second édifice se superpose alors au premier sans qu'on s'inquiète autrement ni de la matière ni de l'espace. À un détour de la route, nous reconnaissons enfin la triste maison de bois peinte en brun et les hangars un peu délabrés que MM. Giraud et Karl Girardet ont poétisés de leur crayon d'artiste dans le voyage du prince.

Pour le moment, les ouvriers soupent sous le hangar; un gentilhomme, en chapeau noir, en bottes molles et en lunettes, fume à l'entrée de la mine une énorme pipe allemande; il se montre poli et prévenant; la conversation s'engage en anglais, mais au bout de quelque temps les connaissances un peu superficielles de notre interlocuteur dans l'idiome britannique nous forcent à parler norvégien. Il nous introduit dans une salle basse et nue où trois ouvriers, munis chacun d'une clef, ouvrent un grand coffre plein des échantillons les plus remarquables d'argent natif, puis on nous invite à descendre dans les mines.