Ces chœurs étranges, cette puissante musique se font entendre dans toutes les grandes circonstances: cérémonies de la salamanga et de la circoncision, arrivée d'un chef dans un village, mort d'un personnage influent. Mais la musique n'a pas toujours ce caractère collectif. Accroupi sur une natte, le Tanala pince la corde d'un arc et en tire les sons d'une cithare, tout en agitant des graines ou du sable dans une boîte en feuilles de vakoa. Quelquefois aussi il joue du lokanga, violon primitif dont une citrouille forme la caisse sonore. Mais la plupart du temps il préfère la flûte ou le valiha. Le valiha est un cylindre de bambou dont l'écorce est soulevée suivant les génératrices, de façon à former les cordes d'une guitare. Après le coucher du soleil, les Tanala jouent sur cet instrument de longues mélopées, et psalmodient d'interminables refrains. Cette douce et triste musique ne s'inspire plus des grands phénomènes naturels comme les vents ou l'ouragan, mais on retrouve en elle le calme des nuits tropicales, la mélancolie des villages endormis et la douceur des clairs de lune.

Il existe dans l'Ikongo une poésie populaire, rustique et primitive, qui ne manque pas de pittoresque. Elle est le reflet du caractère et des mœurs des Tanala: grands chasseurs, parcourant sans cesse la forêt, profonds observateurs des mœurs des animaux, doués en même temps d'un bon sens plein de rusticité et de franchise, comment n'auraient-ils point inventé d'ingénieux rapprochements, et formulé de sages mais primitives sentences? Encore trop peu civilisés pour parler un langage abstrait, ils trouvent autour d'eux des objets de comparaison qui leur permettent d'exprimer leurs douleurs, leurs joies, leurs pensées les plus intimes. Le cardinal qui siffle, le poisson qui frétille dans l'eau, le gingembre qui pousse dans les pierres, tout éveille chez eux une idée, et le simple énoncé d'un phénomène journalier, blanche aigrette qui s'envole, citrons dorés au bord de la route, leur suffit pour traduire les plus délicates sensations. On le voit, la danse, la musique et la poésie tanala ont pour sources communes le culte et l'imitation de la nature.

Ardant Du Picq.

PROFIL ET FACE DE FEMMES TANALA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

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TABLE DES GRAVURES ET CARTES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1