C'était une messe de mariage. Mademoiselle de J. entra, suivie de sa famille; elle traversa cette double haie d'amis et d'indifférents sans rendre un seul regard aux mille regards attirés sur elle.

Si une jeune fille a une pensée étrangère à l'événement qui l'amène en ce lieu, c'est certainement le désir d'échapper à cette foule; mais nos usages sont faits ainsi, que le moment de toute la vie où une femme voudrait concentrer le plus intimement en elle toute son âme, est celui qu'elle livre au monde, celui pour lequel il faut étudier une toilette, composer un maintien, étouffer la plus sainte des émotions, en un mot, poser en public.

Mademoiselle de J. avait une robe de velours épinglé blanc, à corsage montant, à manches longues, fermée par des boutons en diamants; un long voile d'Angleterre tombait en arrière, retenu par la couronne de fleurs d'oranger; le bouquet de mariée était en bijouterie: des perles formaient les boutons, et un feuillage en or émaillé s'étalait entre les pierreries.

Rien n'est plus convenable qu'une toilette de mariée sérieuse et modeste. Certes, ce n'est pas le moment où la jeune fille vient devant Dieu, conduite par son nouvel époux, qu'elle doit choisir pour se parer selon le monde. Le voile est un emblème éloquent de l'attitude imposée aux mariées; le voile devrait cacher le visage: il n'y a pas assez de signes extérieurs pour exprimer la réserve et la modestie dont une fiancée devrait s'entourer.

Aussi la toilette grave et enfantine tout à la fois de mademoiselle de J. fit-elle grande sensation. Les diamants sur la robe de riche étoffe, ce voile rare et magnifique, l'absence de bijoux coquets, tout était en accord.

Il est à désirer que cette mode remplace celle des robes de bal si inconvenantes pour la circonstance, et si déplacées dans une église.

Mademoiselle de J. tenait à sa main un livre couvert en ivoire, sur lequel se dessinait son chiffre, surmonté d'une couronne de comtesse.

Quelques jours avant la célébration, une grande réunion de famille avait attiré quelques étrangers à l'hôtel de J., et nous allons en dire quelques détails. Mademoiselle de J. avait parfaitement compris que si la nouvelle mariée est obligée de se soumettre à une certaine simplicité, la fiancée doit l'observer bien plus encore.

Rien n'est plus charmant que la coquetterie naïve d'une jeune fille dont on va lire le contrat de mariage. Elle doit être distinguée entre les autres jeunes filles, toutefois il ne faut pas qu'elle soit confondue avec les femmes.

Mademoiselle de J. a tout au plus dix-sept ans; à peine a-t-elle eu le temps de porter des fleurs. Jusqu'à cette soirée, qui lui donne près de 80,000 livres de rente, on aurait difficilement deviné en elle l'héritière d'une grande fortune.