Blidah.--L'armée française a pris possession du territoire de Blidah le 3 mai 1838. Un camp, dit camp supérieur, a été d'abord établi entre cette ville et la Chiffa sur une position qui domine la plaine de la Metidjah, jusqu'au confluent de cette rivière et de l'Oued-el-Kébir. Ce camp découvre au loin le pays des Hadjouths, et de tous les points du terrain qu'il embrasse, on aperçoit la position de Koléah, avec laquelle il a été mis en communication au moyen d'une route et d'une ligne télégraphique. Un second camp, dit Camp inférieur, a été établi dans une position intermédiaire, à l'est de la ville. Blidah était alors interdite aux Européens; mais à la reprise des hostilités, en 1839, elle fut définitivement occupée. Elle est située à l'entrée d'une vallée très-profonde, au pied du Petit-Allas. Des eaux abondantes y alimentent de nombreuses fontaines et arrosent les jardins et les bosquets d'orangers qui l'environnent de tous côtés. La ville est assez régulièrement percée, et ses rues sont moins étroites que celles d'Alger. Un tremblement de terre renversa, le 2 mais 1825, une grande partie des édifices les plus élevés; ainsi les maisons construites depuis ce désastre n'ont-elles plus, en général, qu'un rez-de-chaussée. La position assez saine de Blidah, à cent mètres au-dessus de Mazafran, à cent quatre-vingt-cinq mètres au-dessus de la mer, fait de cette ville le poste principal qui devra surveiller la plaine, maintenir les tribus voisines, et servir d'entrepôt d'approvisionnements pour les colonnes chargées d'opérer sur Médéah et Milianah.

Boufarik, le premier poste que nous ayons jetée dans la Metidjah, est destiné à devenir le centre de nos établissements dans la plaine. Occupant la place d'un marche autrefois renommé et très-considérable, il avait continué, avant les hostilités, à être un lieu d'échange avec les Arabes. La garnison loge dans un réduit en saillie, dit Camp d'Erlon, où sont renfermés tous les établissements militaires. C'est à Boufarik qu'on récolte une partie des foins de la plaine; les pâturages y sont fort beaux: mais cette localité est malsaine et le sera longtemps encore.

Dellys, que nous n'occupons pas, est adossée é une montagne qui a tout au plus quatre cents mètres de hauteur. Ses maisons sont bâties en pierre et recouvertes de tuiles. On y trouve beaucoup de restes d'antiquités et d'anciennes murailles. Les habitants font un commerce suivi avec Alger, où ils apportent tous leurs produits agricoles.

Koléah, située sur le revers méridional des collines du Sahel, a été occupée le 29 mars 1858. A côté et à l'ouest de la ville, un camp a été sur-le-champ établi comme une sentinelle avancée, observant les débouchés des sentiers au sortir de la plaine et surveillant le rivage de la mer. Les eaux sourdent de toutes parts, abondantes et pures, dans le petit vallon de Koléah; elles sont distribuées avec art pour arroser de magnifiques vergers d'orangers, de citronniers, de grenadiers.

PROVINCE DE TITTERI.--Cette province était comme celles d'Oran et de Constantine, administrée par un bey (gouverneur) nommé par le dey, et révocable à sa volonté. Les principales villes de cette province sont Cherchel. Médéah. Milianah et Tenès. Cherchel, ville maritime, à 72 kilomètres, à l'ouest d'Alger, l'ancienne Julia Caesarea des Romains, n'occupe aujourd'hui qu'une très-petite partie de l'enceinte encore visible tracée par ces conquérants. L'existence de Julia Caesarea sur l'emplacement de Cherchel a été prouvée par plusieurs inscriptions trouvées sur place. Les traces de la ville romaine sont les restes de ses remparts, les ruines d'un amphithéâtre et de nombreux pans de murs et de débris d'édifices. La magnificence de ces ruines et de celles que l'on voit dans les environs atteste que les Romains avaient fait de Julia Caesarea le principal siége de leur puissance dans cette contrée. La possession de Césarée leur ouvrait l'accès des plaines et des vallées situées entre le Chélif et le Mazafran. C'est par là qu'ils pénétraient sans peine jusqu'à Médéah et Milianah. Le 16 mars 1840. l'armée française a pris possession de Cherchel, abandonnée par ses habitants.

Arabes irréguliers.

Médéah, capitale de la province de Titteri, à environ 96 kilomètres d'Alger, et à une journée de marche de Blidah, est bâtie en amphithéâtre sur un plateau incliné, au delà de la première chaîne de l'Atlas, que l'on traverse par un chemin très-difficile. Le point culminant, à l'ouest, se trouve dominé par une espèce de fort ou kasbah. Les maisons de Médéah ressemblent beaucoup, par leur construction, à celles du Languedoc, et ont, comme elles, des toits recouverts en tuiles. Les rues sont, en général, plus régulières et plus larges que celles d'Alger. Les habitants sont d'une taille élevée, forts et bien constitués. Dans le pays qui comprend l'ensemble des plateaux de Médéah, les habitants de la campagne n'ont pour demeure que des baraques en paille, joncs et branches d'arbres.

Médéah fut une forteresse romaine, occupant la partie supérieure du mamelon sur lequel la ville est située: elle s'arrêtait à moitié pente vers le sud: des traces de ses anciens remparts existent encore. Depuis, habitée par les diverses races qui se sont successivement remplacées en Afrique, elle s'est accrue en gagnant vers le sud jusqu'au pied même du mamelon: c'est ainsi qu'ont pris naissance la haute-ville et la basse-ville, longtemps séparées l'une de l'autre par une coupure et par une porte. Les Romains avaient une grande route qui joignait Médéah à Milianah. Médéah se trouve à peu près à 1,100 mètres au-dessus du niveau de la mer. En été, les chaleurs y sont grandes mais en hiver, il y fait très-froid. Des vignes, en grand nombre forment la principale culture et produisent un raisin excellent. Médéah, dans sa partie basse, renferme une fontaine très-abondante, d'une bonne, eau et présentant des traces de travaux antiques La ville-haute, l'ancienne forteresse romaine, n'offre aucune source: elle a seulement, dans sa portion déclive, deux puits extrêmement profonds. Pour parer à cet inconvénient si dangereux, les Romains avaient relié à leur citadelle par un chemin incline, couvert par un rempart et par des tours descendant le long de l'escarpement ouest, une magnifique source sortant avec une force extrême de dessous le rocher qui supporte la ville-haute elle-même.

Sidi Ahmed-ben-Youssef, marabout très-vénéré de Milianah, qui a laissé, sur toutes les villes de la Régence, des sentences qui sont devenues des dictons populaires, a dit, en parlant de Médéah: «Médéah, ville d'abondance; si le mal y entre le matin, il en sort le soir.»