Une de ces calamités terribles qui depuis quelque temps surtout, viennent jeter le deuil et l'effroi parmi les peuples, a frappé une fois encore la France dans sa plus florissante colonie.

Le 8 février dernier, neuf mois, jour pour jour, après le désastre du chemin de fer de Versailles et l'incendie de Hambourg, un tremblement de terre a violemment secoué les îles des Antilles. La ville de la Pointe-a-Pitre, la plus populeuse et la plus riche de la Guadeloupe, a été instantanément renversée de fond en comble. Nous avons réuni à part, et nous donnons plus loin les détails de cette affreuse catastrophe d'après les correspondances publiées par la presse quotidienne et d'après les lettres qui nous ont été communiquées.

Le tremblement de terre a duré soixante-dix secondes. Ce qui n'est qu'un instant fugitif, ce qui ne suffit à rien quand la vie est heureuse et occupée, a suffi là pour ravager une ville entière, l'incendier sur tous les points, engloutir une population nombreuse. Ce que la secousse avait épargné, un autre fléau est venu aussitôt le détruire: pendant quatre jours, l'incendie a dévoré tout ce qui gisait sous ces décombres, hommes et maisons. Chose étrange! il n'est resté debout au milieu de ces débris qu'une horloge marquant 10 heures 35 minutes instant auquel le fléau est venu brusquement surprendre la ville et l'anéantir. Combien le génie de la destruction et du mal a plus de puissance et de vigueur que le génie de la création et du bien! La terre s'entr'ouvre et vomit en un moment la désolation et la mort; il faut, au contraire, que l'homme la déchire péniblement pour en faire sortir l'abondance et la vie!

(Destruction de la Pointe-a-Pitre par un tremblement de terre, le 8 février 1843, à 10 heures 35 minutes du matin.--Ce dessin a été composé sur les indications de M Lemonnier de la Croix, qui a été pendant dix années ______voyer à la Pointe-a-Pitre et qui n'est de retour en France que depuis deux années seulement. Nous devons à l'obligeance de cet artiste un plan de la ville très-détaillé très-étendu; nous le publierons dans notre prochaine livraison.)

Mais est-il besoin d'arrêter ici notre pensée sur les détails de cet horrible désastre? N'est-ce pas assez que, dés notre début, nous ayons à écrire en tête de notre Journal, à qui nous avions rêvé un autre baptême, ces réflexions pleines de tristesse?

Ne vaut-il pas mieux raconter tous les courageux efforts, tous les élans spontanés, tous les mouvements généreux qui, là-bas comme ici, ont accueilli la fatale nouvelle? Ne vaut-il pas mieux applaudir aux mesures prises spontanément pour remédier aux maux remédiables, rappeler les dévouements inspirés pour le secourir, et raviver ainsi la confiance et l'espoir, au lieu d'alimenter la consternation et la tristesse?

Hâtons-nous de le dire: partout, aux Antilles comme en France, la triste nouvelle a fait battre tous les coeurs, réveillé toutes les sympathies. La Martinique, si cruellement ravagée elle-même il y a quatre ans, en sentant le sol trembler de nouveau, avait deviné le malheur immense; on y attendait les nouvelles impatiemment, avec angoisse. On signale un navire enfin, et son pavillon est en berne; aussitôt des secours s'organisent; argent, pain, vêtements, provisions, tout est offert, tout est accueilli, et un premier navire part aussitôt chargé de ces premiers secours.

A Saint-Pierre, à Fort-Royal, partout, la population a été admirable, et l'autorité coloniale a régularisé, dirigé les efforts communs avec intelligence et activité.

«J'implore la France, écrivait l'amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guadeloupe, sur les ruines mêmes de la Pointe-a-Pitre; elle n'abandonnera pas une population toute française; elle ne délaissera pas les veuves et les orphelins que ce grand désastre vient de plonger dans la plus profonde misère!»