BEDFORT.
C'est l'héritier préféré par vous-même qui doit régner un jour...
CHARLES.
Jamais!
Il étend en effet son bras, que la fureur a ranimé; il saisit le sceptre, le brise, et en foule les tronçons sous ses pieds, aux cris d'enthousiasme et de joie du peuple témoin de cette scène.
Après un pareil éclat, la reine n'a plus rien à espérer, si elle ne rend le malheureux roi tout-à-fait fou. Elle n'hésite pas un moment. Il est seul, il attend son fils, qui s'est introduit dans Paris, qui a préparé son évasion, et qui doit, à un signal convenu, entrer à l'hôtel Saint-Paul par une fenêtre, et l'enlever. Ce signal, c'est une chanson connue qu'Odette doit faire entendre. Tout, à coup retentissent à son oreille des bruits étranges, des murmures lugubres, de sourds gémissements. Il écoute en frémissant, il regarde: à la clarté d'une lueur sombre et vacillante, un homme s'introduit dans son appartement, et vient droit à lui. Il est à moitié nu; sa barbe est inculte, ses cheveux hérissés, son oeil fixe et menaçant; son bras est armé d'une redoutable massue. C'est cet inconnu qui, jadis, l'arrêta dans la forêt du Mans, et dont l'aspect imprévu troubla sa raison.
Ose un instant me regarder en face,
Eh bien, me reconnais-tu, roi?
CHARLES.
Non, non! mais ton aspect me glace.