Partout ce sont des fleurs odorantes, en pyramides supportant des bougies, en massifs dans des jardinières, en arbustes isolés dans de précieux vases de la Chine. Devant une cheminée est un vase gigantesque en porcelaine craquelée, à ailes de chimères, d'où s'élève un gardénia, fleur verdâtre au feuillage luisant et foncé.
Traversons une bibliothèque, en tournant le grand salon, pour visiter, avant l'arrivée de la foule, le petit boudoir où l'on jouera. Un écarté, un whist, une bouillotte, y sont disposés, l'écarté à une table renaissance, le whist à une table de jeu en palissandre sculpté, la bouillotte éclairée par des flambeaux à deux branches, sur une table couverte d'un tapis de velours.
Un canapé à estrade, en palissandre et satin cerise, s'élève dans une niche tendue et drapée en satin cerise doublé de blanc, sont garnis de hautes franges tordues en soie de deux couleurs.
Dans chaque panneau est suspendu, à des cordages à gros glands, un miroir de Venise dans son cadre doré.
Entrons maintenant au salon de réception, éclairé par un lustre d'or à figures pittoresques et gracieuses. Sur les tentures d'étoffe vert d'eau, se détachent des masses de fleurs et de lumière: les rideaux de quinze-seize rayé, relevés d'un côté, laissent voir le rideau de dessous en mousseline brodée d'or, et les petits rideaux de tulle, imitation de dentelle.
Près de la cheminée, en marbre blanc, où des fleurs remplacent le feu, voyons la maîtresse de la maison souriant gracieusement aux invités, jouant avec son énorme bouquet, si énorme qu'elle semble fatiguée de le porter. Sa toilette élégante affecte une somptuosité luxueuse. Madame de C est habillée d'une robe en taffetas d'Italie rose turc; son corsage, couvert d'une mantille très-tombante, en guipure; ses bras nus, couverts jusqu'aux poignets de gantelets de peau, sont entourés de trois ou quatre bracelets, seuls bijoux qu'elle porte; dans ses cheveux, une barbe de point d'Angleterre attachée près des oreilles avec de grosses émeraudes entourées de perles.
Vers onze heures, se presse et se coudoie une foule élégante, qui répand dans l'air un suave parfum. L'orchestre mélodieux fait entendre les délicieux motifs qui rappellent nos meilleurs opéras.
Madame de C. s'était approchée avec beaucoup de déférence d'un homme à la physionomie grave et fine, en lui disant: «Eh bien! M. le comte, comme vous voilà seul!--C'est que personne ne me cherche, répondit-il, on ne me reconnaît plus, et je ne reconnais moi-même plus personne au milieu de ces danseuses dont j'admire la plupart. Voulez-vous m'en nommer quelques-unes?
--Devant nous, en robe de crêpe blanc, avec un diadème de rubis et diamants, est la duchesse de P. Je ne sais pourquoi elle a réformé ses masses de boucles blondes; peut-être est-ce la cause que vous ne la reconnaissez pas. Rien ne transforme une personne comme un changement complet de coiffure. C'est presque un déguisement.
«La marquise de P. est toujours belle. C'est elle qui est coiffée en oeillets rouges et violettes de Parme.