1º Machine à composer,--Le maître compositeur, assis au front de la machine, ayant la copie devant lui, touche le clavier à mesure qu'il lit. Le jeu des touches fait sortir de leurs cassetins les lettres correspondantes, qui viennent se coucher sur une chaîne sans fin, laquelle passe constamment par le milieu de la machine, de droite à gauche. Par le mouvement de cette chaîne, les caractères, une fois posés, seul très-promptement transportés vers le réceptacle, où, par l'action d'une petite excentrique qui tourne avec une vitesse considérable, les caractères sont rangés horizontalement, l'un au-dessus de l'autre dans le même ordre que les touches du clavier ont été frappées. Les lignes ainsi formées par les caractères s'ajustent sur une partie en forme de T. Un cadran à compteur et une sonnette avertissent le compositeur chaque fois qu'une ligne est complète. Alors il fait tourner une petite vis qui pousse la ligne achevée au fond du réceptacle; puis sa main droite agit sur un levier qui pousse cette ligne dans une rainure extérieur mobile autour d'un axe. Ces opérations s'accomplissent en moins d'une seconde. Alors l'aide-compositeur saisit de la main gauche, comme le représente la figure 2, l'extrémité supérieure de cette rainure, et l'ayant amenée dans une position horizontale, il lit la ligne des caractères se tenant alors dans une position verticale. Ayant corrigé les fautes qui ont pu se rencontrer dans la composition, l'ouvrier, en levant un glissoir à même le fond de la rainure, fait descendre tout d'un coup la ligne dans un compartiment où il met les espaces.
(Clavier typographique du capitaine Rosenborg.--Fig. 2,
Machine à composer.)
Le trait principal d'innovation de cette machine est la chaîne sans fin sur laquelle les caractères sont déposés, et par laquelle ils sont transportés dans le réceptacle. Les avantages de cette chaîne sont que les caractères sont poussés en droite ligne par la chaîne sans risque de désordre, sans danger du moindre frottement; qu'autant de lettres pourront y être placées à la fois qu'il en peut arriver de suite dans la série non interrompue de l'alphabet; et, dans la pratique, il y a un grand nombre de mots et syllabes que le compositeur sait bientôt disposer de cette manière, par un seul coup sur les touches du clavier. Par exemple, ad, add, ail, accent, etc., sont des mots dont les lettres, se suivant dans l'ordre naturel, peuvent être composées par une seule pression sur les touches; la chaîne pousse les caractères dans l'ordre où ils y ont été déposés, et rien ne peut troubler cet ordre.--On peut expliquer par ces accords (de lettres semblables et composées d'un seul coup) la grande rapidité de la composition Rosenborg. Le mot accentuation contient douze lettres, et exigerait vingt-quatre mouvements de bras chez un compositeur ordinaire; mais avec la machine Rosenborg, le mot est composé en trois coups sur les touches: accentu-at-ion.
2º Machine à distribuer.--Cette machine, représentée figure 3, est entièrement détachée de la précédente et fonctionne séparément. Après le tirage, une portion de page ou de
(Clavier typographique du capitaine Rosenborg.-- Fig. 3.
Machine à distribuer. colonne de caractères est déposée dans un compartiment. Les lignes sont amenées une à une de ce compartiment dans un chariot mobile par le moyen d'un glisseur à manche. Au sortir de ce chariot, les lettres sont distribuées dans des cases particulières.
Une ligne de caractères ayant été amenée du compartiment dans ce chariot, le distributeur saisit de la main droite le manche du chariot et le meut vers la droite. Il lit alors la ligne qui est dessus, et ayant, de l'index de sa main gauche, levé la touche du clavier correspondant à la lettre la plus proche sur le devant du chariot, il meut ce chariot sur la gauche jusqu'à ce qu'il soit arrêté par l'action de la touche levée. La lettre correspondante s'échappe de la ligne, et, tombant à travers un retrait fait pour la recevoir, elle est conduite dans sa propre case sur la planche horizontale, tandis que, par l'action d'une petite excentrique ou came, elle est sans cesse poussée en avant pour faire place à la prochaine lettre qui descendra. De cette façon, les caractères sont distribués et arrangés en lignes, tous les a dans une ligne, tous les b dans une autre, etc., tout prêts à être replacés dans leurs compartiments correspondants de la machine à composer. Cette opération de replacement se fait par le moyen d'un instrument qui peut à la fois enlever deux ou trois cents lettres de la machine à distribuer, et les transporter dans la machine à composer.
Machines typographiques de M. Gaubert.--Ces machines ont été exécutées, ou au moins paraissent destinées à fonctionner, au profit de l'industrie, postérieurement à celles dont il vient d'être question. Mais elles sont dignes d'attirer au plus haut degré l'attention de toutes les personnes qui s'intéressent aux progrès de la mécanique pratique; elles donnent la solution de problèmes que les devanciers de M. Gaubert ne s'étaient même pas proposés, ou qu'ils n'avaient que très-imparfaitement résolus; enfin elles sont dues à un de nos compatriotes. Le lecteur concevra donc que nous entrions dans quelques détails en ce qui concerne ces appareils.
Nous ne pouvons mieux faire, à ce sujet, que d'emprunter textuellement à M. Séguier le rapport qu'il a fait à l'Académie des Sciences, au nom d'une commission dont MM. Arago, Coriolis, Piobert et Gambey faisaient aussi partie.