Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an. 30 fr.
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Nº 6. Vol. 1.--SAMEDI 8 AVRIL 1843.
Bureaux, rue de Seine, 33.--Réimprimé.

SOMMAIRE. Ce qu'annonçait la Comète.--La machine à vapeur aérienne. Description. Trois Gravures.--Courrier de Paris. Théâtre-Italien; Procès d'un Dauphin; le Burgrave; Phèdre et la Pologne; une aménité; un jeune homme à marier; la loge du cintre; la victime de l'amitié.--Les Frontières du Maine. Carte.--Tribunaux. La Police correctionnelle; les circonstances atténuantes. Escalier de la Police correctionnelle.--Poètes Italien» contemporains. Louis Carrer Portrait.--Beaux-Arts. Salon. Tableau de Giraud; Marine d'Isabey; Statue de Desboeufs; les Condottieri de Baron.--La Vengeance des Trépassés. Nouvelle, par F. G., 2e partie, Une Gravure.--Nouvelles inventions. Le procédé Rouillet. Une Gravure.--Industrie. Le sucre de canne et le sucre de betterave.--Théâtres. Georges et Thérèse; Mademoiselle Déjazet; les Marocains; l'Escamoteur Philippe; le Paradis des Funambules.--Bulletin bibliographique.--Annonces,--Observations météorologique.--Modes. Cinq Gravures.--Rébus.

Ce qu'annonçait la Comète.

Que nous criait en parcourant notre ciel cette messagère échevelée?--Nous vous le demandions il y a huit jours: nous vous le demandons encore. Nos lecteurs y ont-ils pensé?

Nous n'ignorons pas que M. Arago vient de réfuter savamment l'opinion partout populaire qui attache depuis si longtemps à l'apparition de ces astres une influence mystérieuse sur les destinées terrestres, et nous admirons beaucoup les Pensées sur la Comète, où l'illustre Bayle soutint, en 1682, avec tant d'adresse et de dialectique, la même thèse, à savoir que cette espèce de phénomène ne saurait avoir aucune influence, ni morale ni physique, sur notre globe. Mais sceptiques et savants démocrates auront beau dire, le peuple s'obstinera longtemps encore dans son erreur. Et il faut convenir qu'il y avait bien quelque grandeur et quelque piété dans cette naïve croyance, que le ciel, tout en racontant à la terre la gloire de Dieu, lui parle aussi, de loin en loin, de l'avenir qui l'attend elle-même et des grands événements qu'elle doit craindre ou espérer.

Mais assurément si les astres daignent parler de notre race, ce n'est sans doute qu'à de rares intervalles, et à certains moments solennels et décisifs de son histoire. Qui oserait aujourd'hui affirmer, comme on le pensait au Moyen-Age, qu'ils s'occupent jamais de chacun de nous en particulier, si ce n'est peut-être, dans son grenier, quelque pauvre astrologue fourvoyé au milieu de notre siècle incrédule? car il y a encore des astrologues comme il y a des alchimistes. «L'astrologie, dit Bailly, est la maladie l'a plus longue qui ait affligé la raison humaine; on lui connaît une durée de cinquante siècles.» Bailly veut dire qu'elle est aussi vieille que le genre humain; mais alors maladie est-il bien le mot propre?

Au siècle dernier, oui, au dix-huitième siècle, on croyait encore çà et là; à Paris, en dépit de Bayle et de Voltaire, que l'apparition des comètes présageait de grands malheurs publics. Un grand seigneur, tout fier d'avoir par sa naissance une étoile à lui seul, disait alors à un roturier qui se moquait de ses terreurs puériles: «Vous en parlez bien à votre aise, vous autres que cela ne regarde jamais.»