Nous devons à madame Du Bocage les Amazones. Madame de Graffigni est l'auteur d'une seule pièce de théâtre intitulée Cénie, dont le succès a surpassé celui de toutes les pièces dont nous venons de donner la liste.

Olympe de Gouges, envoyée à l'échafaud par Robespierre, qu'elle avait osé attaquer, fit représenter à la Comédie-Italienne et au Théâtre-Français plusieurs pièces oubliées, entre autres l'Esclavage des Nègres, jouée le 4 décembre 1790; MM. Étienne et Martainville assurent que, sans égard pour le beau sexe, le public siffla impitoyablement cette pièce.

De nos jours, la Suite d'un Bal, de madame de Bawr, et les comédies et les vaudevilles de madame Ancelot ont réussi à la scène. Madame Louise Collet est auteur d'un drame en un acte, joué à l'Odéon. Le Gladiateur, tragédie représentée en 1842 au Théâtre-Français, est l'oeuvre de madame d'Altenheym, fille de M. Soumet. La Cosima, de madame Sand, a été jugée avec une sévérité passionnée. Enfin madame de Girardin vient terminer la liste de ces dames auteurs, parmi lesquelles il faut aussi ranger la mère de l'auteur de Judith; madame Sophie Gay a donné au Théâtre-Français le Marquis de Pomenars et la Pauvre Fille, qui, malgré tout le talent de mademoiselle Mars, ne put avoir, en 1824, qu'une, seule représentation.

Dans cette liste de pièces que nous avons rapidement énumérées, on compte, comme il est facile de le voir, beaucoup plus de revers que de succès. La Judith de madame de Girardin vient encore grossir le nombre de ces tentatives malheureuses.

Théâtres.

Lucrèce, tragédie en cinq actes, de M. Ponsard.
--Judith, tragédie en trois actes.
--Hermance, comédie-vaudeville, de madame Ancelot.

Depuis les tentatives révolutionnaires de M. Hugo, jamais la curiosité publique n'avait été plus vivement émue que par l'apparition de cette Lucrèce. Un fait singulier et remarquable, c'est que cette curiosité semblait excitée en sens inverse du mouvement que lui avait imprimé, à plusieurs reprises, l'auteur d'Hernani, de Marion Delorme et de Ruy Blas. Les récits merveilleux qui se faisaient d'avance de la tragédie de M. Ponsard, par l'indiscrétion des lectures et les confidences de coulisses et de salons, promettaient, non pas un pas rétrograde (personne ne veut reculer), mais un retour aux voies plus droites et plus naturelles, aux formes plus scrupuleuses et plus contenues. Quoi donc? l'école dont M. Hugo est le chef inflexible aurait-elle compromis sa cause? Le goût public se retirerait-il de cette poésie, après plus de douze années d'assauts persévérants, et, l'on ne saurait le nier, d'entreprises heureuses quelquefois, audacieuses toujours, pour le vaincre et pour le dompter? Nous n'avons ni le temps ni l'envie de discuter ici ce point d'histoire littéraire. Toujours est-il--et pour résumer le fait en quelques mots--que toute fois que le sentiment public se rejette d'un côté, c'est que de l'autre, où il penchait, les déceptions l'ont découragé et que les excès ont fatigué sa conscience. Sans vouloir blesser ici personne, sans mettre en suspicion aucun nom ni aucune renommée, il nous semble prouvé par cette grande manifestation d'espérance et d'attente soulevée tout à coup au bruit de la venue d'une oeuvre annoncée avec tout l'appareil d'une sorte de restauration poétique, que le parti littéraire, maître du théâtre depuis 1830, a mal dirigé sa conquête, qu'il a frappé fort sans frapper juste, abattu sans reconstruire, et prêché sans convaincre.--Enfin, le jour de la représentation est arrivé. Lucrèce s'est montrée, et, nous le disons avec joie, l'épreuve a tourné à sa gloire. Au contraire de la plupart des ouvrages prématurément exaltés dans la serre-chaude des amitiés emportées et des admirations précoces, elle n'a point démenti les bruits qui avaient marché devant elle. Elle a fait honneur à toutes les espérances, à toutes les promesses. Et maintenant, suivez-moi, et entrons ensemble dans les sentiers poétiques de l'oeuvre.

Nous voici d'abord à Collatie, dans la maison de Lucrèce; le mari de Lucrèce, Collatin, est absent,--occupé au camp des Tarquins qui assiègent Ardée. Lucrèce cherche-t-elle dans Rome quelque distraction à ce veuvage? Gardez-vous de le croire. Simplement et chastement retirée dans la pudeur et la modestie du foyer domestique, elle se livre aux soins de sa maison. Ses esclaves, armées de fuseaux, filent de la laine, et elle fait comme ses esclaves. Cependant sa nourrice s'inquiète: Lucrèce aurait besoin de repos et de sommeil.

Faut-il donc que vos yeux s'usent, toujours baissés,

A suivre dans vos doigts le fil que vous tressez?