FIN DES LETTRES SUR LA CORSE.
Courses du Champ-de-Mars.
Dimanche, 30 avril.
Les courses de la Société d'Encouragement pour l'amélioration de la race des chevaux en France comptent déjà dix années d'existence, dix années de progrès incontestables. N'est-ce pas une oeuvre nationale que de prétendre affranchir un jour son pays du tribut chevalin qu'il paie à l'étranger? Pour arriver plus vite à des résultats meilleurs, il n'a manqué à la Société d'Encouragement que d'avoir des fondateurs moins élégants et moins jeunes. Longtemps les esprits forts, Thomas plus jaloux qu'incrédules, ont affecté de traiter avec légèreté ses projets et ses courses. Le prestige de la nouveauté qui, en France, protège tous les établissements naissants, n'est pas venu en aide à la Société; il a fallu dix ans d'efforts et de sacrifice, dix ans féconds en éleveurs et en chevaux pour ouvrir les yeux à ces aveugles volontaires. Une association d'hommes, que l'on trouvait trop heureuse pour la trouver intelligente, a donné l'élan: aujourd'hui ils ont rallié à leurs idées tous les départements propres à l'élève du cheval; bien mieux, ils ont converti l'administration des haras elle-même! Quelle victoire! Les haras ont enfin admis la supériorité du pur sang anglais; ils ont augmenté les allocations de courses et modifié leurs règlements; ils préparent de loin des améliorations plus importantes encore. De jour en jour les préjugés disparaissent: la maigreur jadis proverbiale des chevaux de course a cessé d'être une vérité; on commence à savoir qu'ils ne sont ni exténués ni tués par le régime de l'entraînement. Les chevaux savamment entraînés dépouillent la graisse qui paralyserait le jeu des muscles et de la respiration, et qui gênerait leur vitesse. Plus tard, rentrés dans la vie privée, affectés au service de la production, ils acquièrent cet embonpoint que l'on considère quelquefois comme un signe de force et de beauté, et qui n'est, en réalité, que l'enseigne de la fainéantise.
Courses de haies au Champ-de-Mars.
Dimanche, 30 avril, quand sont arrivés sur le terrain de course, Prospero à M. de Rothschild, Cédar à M. A. Fould. Mirobolant au comte d'Hédonville, Effie à M. Jules Rivière. Maid à M John Drake, et Kate-Nickleby au vicomte Delaveux, la foule ne les a trouvés ni trop maigres ni trop efflanqués; ils n'étaient pas tous également dignes d'éloges: Effie, Maid et Kate ont bien quelques reproches à se faire; mais ici-bas rien n'est ni parfait ni complet. Onze chevaux devaient été engagés pour ce prix: bourse de mille francs; cinq ont été retirés; sur les six qui restent, trois se présentent beaux et bien faits, les yeux ardents, la tête fière, le poil lisse et brillant: peut-on se plaindre? Les partis variaient de Prospero à Cédar: les Prospéristes l'ont emporté sur les Cédaristes.
Pesage des jockeys.
Pris de l'administration des Haras: 2000 fr. pour poulains et pouliches de trois ans.--Huit chevaux inscrits, quatre présents. Vesperine, Karagheuse, Drummer et Ursule: ils partent comme une seule flèche; mais bientôt la flèche se fend en quatre; la première, c'est Vesperine, la seconde, c'est Ursule, Drummer tient la tête; Karagheuse la tiendrait si on le laissait aller. Près du but, d'un bond prodigieux il s'élance, passe Drummer et gagne, Karagheuse appartient à M. Sabatier, un de nos éleveurs sérieux, et jusqu'ici assez peu favorisé par la chance des courses. Sa tardive victoire n'a trouvé que des mains pour applaudir. Le jockey de Drummer a prétendu avoir été coupé par Karagheuse, mais sa réclamation n'a pas été admise.