«Ma soeur, continua le jardinier, en s'adressant à la converse qui vint les recevoir, voici le révérend fra Cristoforo que soeur Sainte-Léonore attend avec impatience; conduisez-le, s'il vous plaît, auprès d'elle. Je retourne à ma bêche et à mon arrosoir.»

La converse s'inclina avec les marques d'un profond respect, et conduisit le religieux en silence. Elle lui fit traverser des salles, des corridors, et l'introduisit dans un jardin qui n'était pas le grand jardin de la communauté, mais un petit jardin particulier qu'on appelait le jardin de l'abbesse. C'était un ancien préau que l'on avait transformé en jardin; un vieux cloître à colonnes de marbre blanc l'enfermait par les quatre côtés. Ce cloître, dégradé en plusieurs endroits, au point que le lierre, les framboisiers et les rosiers sauvages y croissaient librement et eussent fermé le passage à qui aurait voulu en faire le tour, faisait ressortir, par son air de délabrement, l'état brillant du parterre entretenu avec le soin le plus minutieux. Les allées étaient sablées d'un sable fin et doré; les buis des bordures étaient irréprochables; les massifs de fleurs et d'arbustes étaient disposés avec une coquetterie dont l'art se dissimulait au premier coup d'oeil; tout dans cette enceinte respirait le calme, le bien-être religieux; l'on y sentait cette mélancolie vague et tranquille, inséparable des plaisirs de la retraite, et dont le charme, lorsqu'on l'a goûté, se fait regretter au milieu des joies turbulentes du monde. Il semblait que le vent retint son haleine de peur de déranger quelque chose aux aimables symétries de ce séjour. Le seul bruit qu'on y entendît était le murmure d'un jet d'eau qui s'élançait d'une coupe de marbre placée au centre du jardin. Autour de ce jet d'eau étaient disposées des caisses d'orangers fleuris, à l'ombre desquels fra Cristoforo aperçut la malade assise, immobile et voilée, telle que son guide la lui avait dépeinte.

Il prit un siège auprès d'elle, et, après quelques paroles, la converse les ayant laissés seuls, soeur Sainte-Léonore commença sa confession, mais sans lever son voile, qui tombait assez bas pour lui cacher entièrement les bras et les mains.

Lorsqu'il lui eut donné l'absolution, fra Cristoforo lui demanda:

«Est-il possible, ma soeur, que vous soyez aussi mal qu'on le dit?

--Mon père, répondit-elle, les médecins assurent que je ne passerai pas cette nuit, et je le sens encore mieux qu'ils ne peuvent le dire.

--Et vous accomplirez sans regret ce sacrifice?

--Sans aucun regret.

--Je vous félicite, ma fille, de ces dispositions. La mort n'est, en effet, cruelle que pour ceux qui survivent.

--Je ne laisserai personne ici-bas pour me pleurer.