Qu'on ne s'étonne donc de rien de la part de M. Adolphe Dumas: Louis XIV lève sa canne sur un ambassadeur: la fantaisie! Guise se laisse insulter en pleine cour par un comédien: la fantaisie! Mademoiselle de La Vallière dit en présence du roi, à madame de Soissons: «Vous en avez menti!» la fantaisie! Bossuet donne la main à Molière et fraternise avec lui: la fantaisie! Molière est duelliste, insolent, et rudement de morale et de vertu: la fantaisie! Que vous dirai-je? de fantaisie en fantaisie, on arrive, avec M. Adolphe Dumas, a visiter un Versailles et un siècle de Louis XIV à peu près fantastiques. Si vous en demandez la raison au poète: «Car tel est notre bon plaisir,» dira-t-il. Que répondre à cela, sinon que le bon plaisir a mené plus d'un roi et plus d'un poète à l'abîme?

Le drame de M. Adolphe Dumas commence par une scène charmante, et celle-là a bien pu se passer en 1660, en plein dix-septième siècle, dans la cour jeune, galante et amoureuse de Louis XIV. M. Dumas n'est pas toujours dans la supposition; il a d'agréables lueurs de vérité.--Madame de Soissons, madame Henriette d'Orléans, Athénaïs de Mortemart, sont réunies dans une salle voisine de l'appartement de la reine mère. Que font-elles? eh! que peuvent-elles faire, si ce n'est de parler du roi? Louis est jeune, tendre, beau, magnifique. Comment toutes ces âmes amoureuses, toutes ces têtes ardentes ne songeraient-elles pas d'abord au roi, c'est-à-dire à la grâce, au plaisir, à la puissance? Elles y songent donc, elles en rêvent; le nom de Louis est sur leurs lèvres; l'image de Louis est dans leur coeur. Mais qui aimera-t-il? qui choisira-t-il? Louis a passé la nuit dans la galerie: pour quels beaux yeux? Il a ramassé un mouchoir échappé d'une blanche main;... mais de quelle main?--Cependant là-bas, modestement assise et le front baissé, voyez-vous cette blonde jeune fille? elle se tait, tandis que les autres jettent étourdiment leurs espérances et leurs amours au vent; son regard est plein d'un feu voilé; leurs regards hardis étincellent; elle ne dit rien, mais que quelqu'un s'écrie:

Si Louis, jeune et roi, n'était pas jeune et roi, Laquelle de fous quatre, enfin, l'aimerait?

Moi! murmure-t-elle. Vous avez reconnu La Vallière, et c'est La Vallière en effet.

Nous passerons sur un sermon de la reine Anne d'Autriche. N'attristons pas nos amours par la rigidité et les regrets des douairières. Le roi survient; et, pour le coup, tous les yeux et tous les coeurs de ces demoiselles et de ces dames se tournent de son côté. «Je l'ai vu la première,» dit La Vallière tout bas. Parmi res belles impatientes et ambitieuses de plaire, laquelle le regard du Louis cherche-t-il furtivement? La Vallière. La douce fille, pour cacher son trouble, dessine un lis,

Un lis?--Le lis royal!--Bien faible, car il plie; On baiserait la main, tant la fleur est jolie.

Ainsi se passent ces heures galantes, en coups d'oeil furtifs, en douceurs, en soupirs; puis, on parle de plaisirs et de fêtes. Versailles sera demain le théâtre enchanté des plus rares merveilles; Benserade est à l'oeuvre, et M. de Molière achève la Princesse d'Élide.

Mais voici Molière en personne; il entre chez le roi, comme s'il était le roi lui-même. Monsieur d'Orléans, le frère de Sa Majesté, n'avait pas le même privilège; s'il s'en fût avisé, Louis XIV l'aurait réprimandé vertement. Quoi qu'il en soit, écoutez Molière:

.... Oui, sire, Poquelin! Ce nom vaut bien le nom d'un bâtard orphelin, D'un duc dégénéré, d'un bourgeois gentilhomme; Mon père est tapissier, mon père est un brave homme, Et son fils fera voir un jour, au plus moqueur, Que la noblesse vient de l'esprit et du coeur.

Que dites-vous de Molière parlant, à Versailles, de ce ton haut et provoquant? C'en est fait; M. Adolphe Dumas nage en pleine fantaisie, et nous en verrons bien d'autres. A compter de cette entrée de Molière, il faut renvoyer l'histoire chez elle; M. Adolphe Dumas n'en veut plus entendre parler. Il a besoin de l'étrangler et de s'en défaire, pour satisfaire, à son aise, tous ses caprices; l'histoire est donc morte et enterrée; n'en parlons plus Molière et Louis XIV s'arrangent à merveille; deux amis intimes ne feraient pas mieux; deux camarades n'agiraient pas, l'un envers l'autre, avec plus de laisser-aller. Molière confie à Louis XIV ses peines et ses jalousies, et les trahisons de sa femme: