Le fossé a 15 mètres de largeur; au milieu se trouve un autre petit fossé de 1 mètre 50 centimètres de largeur et de profondeur, qui sert à l'écoulement des eaux; c'est la cunette.
Par opposition à l'escarpe, l'autre paroi du fossé se nomme la contrescarpe; on a jugé inutile de la revêtir en maçonnerie, on a donc formé un talus à 45°.
En avant du fossé, le terrain est disposé de manière à couvrir les maçonneries de l'escarpe, à laquelle on pourrait, sans cette précaution, faire brèche de loin; et de telle sorte qu'un homme ne puisse s'y présenter sans être parfaitement vu des soldats placés derrière le parapet. Ce terrassement extérieur forme le glacis de la place.
Mais pourquoi ce rempart, au lieu de suivre une ligne continue, se trouve-t-il ainsi brisé systématiquement? Cette brisure est commandée par la nécessité de pouvoir du haut des murs en surveiller le pied dans toute son étendue. On conçoit, en effet, que du haut d'une muraille qui n'aurait ni rentrants ni saillants, le défenseur ne pourrait atteindre l'assiégeant qui aurait dépassé le point extrême de la plongée de ses projectiles, en sorte que celui-ci se trouvant à l'abri précisément contre le rempart même, pourrait facilement l'attaquer par la mine ou par tout autre moyen, et même planter des échelles, et monter à couvert jusqu'auprès de son ennemi avec tout l'avantage de l'impétuosité de t'attaque. Ces abris où les feux de la défense ne peuvent atteindre l'attaque, s'appellent des angles morts. Mais quand, par une habile disposition, une portion de fortification est vue par une autre de manière à ce qu'on ne puisse en approcher impunément, on dit que la seconde est flanquée par la première. C'est à éviter les angles morts et à se procurer de bons flanquements que consiste en partie la science de l'ingénieur.
Si donc le polygone A B C D était à fortifier, au lieu d'élever un rempart sur les lignes primitives AB, BC, CD, on lui ferait suivre le contour Aa, ab, bc, cd, dB, etc. L'ensemble des lignes Aa, ab, ac, cd, dB est ce qu'on appelle un front de fortification. Elles doivent remplir les confions suivantes:
A b doit parfaitement flanquer les lignes Bd, dc et une partie de bc; et réciproquement, dc doit flanquer Aa, ab et la partie de bc qui ne l'est pas par ab. De cette manière, le front entier n'offrira aucun angle mort à l'assaillant.
Une enceinte se composera d'une suite de fronts, et présentera ainsi une série de parties saillantes b'a'Aab, cdBef et reliées entre elles par les lignes bc, fh. Ces parties saillantes s'appellent des bastions; ces lignes, des courtines.
Le bastion est la partie la moins couverte de la fortification; c'est sur lui que se dirigeront les efforts de l'attaque. La courtine sera, au contraire, la partie la plus abritée; c'est sur elle que passeront les routes, que s'ouvriront les portes de la ville.