C'est ainsi que s'est accomplie la scission de l'Église presbytérienne, la fille de Know et l'héritière légitime de Calvin quoiqu'il advienne, et quelque opinion qu'on pusse avoir comme membre d'une communion différente, de l'Église presbytérienne, il est impossible de refuser sa sincère admiration à cet acte d'hommes élevés par le rang et les honneurs, illustres par la science, par les lettres et par leur vie qui se dépouillent de tous les biens et de tous les avantages temporels pour se confier à la foi de leurs frères.
Le docteur Chalmers.
L'appui de leurs coreligionnaires ne leur a pas fait défaut. Cette scission a excité dans l'Écosse entière un intérêt profond qui ne fait que s'accroître; la foule se presse dans les églises presbytériennes libres; l'enceinte de la réunion de l'assemblée ne peut suffire à l'affluence des fidèles, et des prédicateurs prêchent au peuple en plein air. Les souscriptions abondent pour l'entretien de l'Église libre. Les familles les plus considérables et les plus vénérées d'Écosse s'honorent de s'inscrire en tête des listes. Huit jours après la scission, les souscriptions dépassaient cinq millions de francs, et plus de la moitié des ministres de l'Église d'Écosse avaient adhéré à la protestation.
Le cabinet a annoncé dans le Parlement qu'il allait présenter un projet de loi destiné à opérer une réconciliation. Il est douteux que les deux partis se fassent assez de concessions réciproques pour arriver à ce résultat. Cependant les chefs des protestants déclarent qu'ils sont prêts à faire les premiers pas, n'ont pas voulu, comme on l'a cru un peu légèrement, en se séparant, repousser le principe de l'union de l'Église et de l'État. Le docteur Chalmers a énergiquement protesté contre cette interprétation de leur conduite, qui supposerait qu'ils désirent mettre l'Église nationale d'Écosse dans la même condition que les sectes dissidentes, et le discours qu'il a prononcé au moment de son installation aux fonctions de modérateur, a laissé entendre que les protestants ne se refuseraient pas à un accommodement raisonnable et qui pût se concilier avec les principes de la scission; mais lui sera-t-il possible d'arrêter ce mouvement essentiellement démocratique? On peut en douter.
Le docteur Pusey.
Le 14 mai dernier, le docteur Pusey a professé, dans la chaire de la cathédrale de Christ Church à Oxford, des principes qui ont paru au vice-chancelier d'Oxford entachés de papisme. En conséquence, la prédication vient d'être interdite au docteur Pusey pendant deux ans; mais le docteur proteste et soutient qu'il n'a jamais rien dit qui fut contraire à la doctrine de l'Église anglicane. Il se déclare prêt à se justifier dans une discussion publique, si l'on veut spécifier les propositions de son sermon que l'on a jugées à tort répréhensibles. Prudemment le vice-chancelier maintient l'interdiction et garde le silence. On craint, probablement avec raison, que la publicité ne tourne à l'avantage de cette hérésie naissante; on veut étouffer dans le silence. Le docteur Pusey a un grand nombre de disciples. La vénération qu'il leur a inspirée tient du fanatisme. Une foule d'étudiants et d'habitante d'Oxford le suivent dans les rues. Un journal anglais rapporte que les dames se pressent à leurs croisées pour chercher à l'entrevoir et se disputent l'honneur de toucher sa robe lorsqu'il est dehors.
Sur quels points essentiels de doctrine le docteur Pusey est-il en dissentiment avec ses supérieurs? c'est ce qu'on ne pourrait juger qu'à la lecture du texte de son sermon. Mais si le docteur ne peut plus parler, il écrira, et nous saurons bientôt à quoi nous en tenir. Quant à présent, nous ne saurions mieux faire que de donner quelque idée de sa personne. La famille du docteur Edward Rouverie-Pusey est l'une des plus anciennes d'Angleterre; elle s'était illustrée même avant la conquête romaine. Elle est en possession, depuis le règne de Canut le Grand, du manoir de Pusey, près Farringdon, dans le Berkshire. Le propriétaire actuel de ce manoir siège à la Chambre des Communes.
En 1828, au retour d'un voyage en Allemagne, le docteur Pusey a publié un livre religieux qui fit alors une grande sensation et qui était, au point de vue anglican, d'une parfait? orthodoxie. Il y défendait énergiquement ce grand principe du protestantisme, que les saintes Écritures sont les seules sources certaines d'autorité que doivent reconnaître les chrétiens. Aujourd'hui ses opinions paraissent considérablement modifiées.