FRANCESCA.--Un défaut! je m'en corrigerai.
LE MARQUIS, riant.--Attendez, attendez; je sais beaucoup de gens qui vous prendraient ce défaut-là, si vous vouliez vous en défaire ... Vous êtes très-riche, et Odoard n'a que son épée et son nom.
FRANCESCA.--Je n'y avais jamais songé!
LE MARQUIS.--La délicatesse arrête sur ses lèvres l'aveu d'un amour qui ressemblerait à un calcul ..., et vous êtes pour lui dans la position des reines que l'on n'ose pas aimer, à moins qu'elles ne disent: Je vous le permets.
FRANCESCA.--Ah! quel trait de lumière, mon cousin. Parlez encore; oui, tout s'explique maintenant; quoi de plus naturel ... que son silence! de plus naturel ... et de plus noble! C'est bien à lui ... Et moi qui l'accusais! N'est-ce pas que c'est bien! Je suis folle! une seule pensée m'avait mise au désespoir ... et un seul mot de vous me comble de joie. Mon Dieu!... que la tête est faible, quand le coeur est rempli ... Mais maintenant, mon cousin ... je ne crois plus que vous, je m'abandonne à vous. Voyons, dites, que dois-je faire? car il faut le détromper ... tout de suite ... tout de suite ...
LE MARQUIS.--C'est cela ... complotons ensemble ...
FRANCESCA.--Oui, donnez-moi un bon conseil. Comment lui dire qu'il a tort de se taire?
LE MARQUIS.--Certes, voilà la première fois qu'une femme demande avis à un homme pour en amener un autre à ses pieds.
FRANCESCA.--Ah! répondez-moi.
LE MARQUIS.--D'abord, ma jolie cousine ... il ne faut plus, quand il s'approche, garder cet air froid et digne.