ODOARD.--Si je l'aime!... Je suis bien jeune, et la vie s'ouvre devant moi belle et riante ... Eh bien; mon plus beau jour serait celui où je pourrais la lui sacrifier. Quand, assis à ses côtés, je la regarde, je n'éprouve aucun regret, c'est de penser que jamais elle ne connaîtra tout ce que mon coeur contient de tendresse ... car toutes les paroles sont glacées, tous les serments sont morts quand je les compare à ce que je sens ...Oh! ne viendra-t-il jamais un instant où une preuve, une preuve, un fait, parlera à la place de ma bouche impuissante, et lui dira tout ce que je ne puis pas lui dire ... Mais vous ne pouvez me comprendre, car vous ne savez pas ce qu'elle est et ce que je suis ... vous ne savez pas ...

FRANCESCA, qui l'a écouté avec une émotion croissante.--Eh bien! si! Je savais tout; si je savais votre amour, je savais son nom!

ODOARD.--O ciel! Malheureux! je suis perdu!

FRANCESCA.--Perdu! Vous ne regardes donc pas?

ODOARD.--Madame, au nom du ciel, oubliez tout ce que je voue ai dit; oubliez un aveu que m'a arraché mon amour aveugle!... En parlant d'elle, ma tête s'est égarée ... Ne nous trahissez pas!

FRANCESCA.--Que dites-vous, mon Dieu?

ODOARD.--Vous êtes femme, vous êtes bonne. S'il ne s'agissait que de moi, je ne vous prierais pas! Mais elle! elle! Insensé que je suis, si son mari savait ...

FRANCESCA.--Son mari! Je me meurs.

MATTEO, entrant.--M. le marquis attend monsieur le comte pour lui donner ses dépêches.

ODOARD.--Je vous suis. (Bas à Francesca.) Au nom du ciel, n'ayez rien vu, rien entendu. (Il sort.)