Du reste, il faut le dire, le petit banc s'en est parfaitement consolé.
Marc Fournier.

Bâtiments à Hélices.

ESSAIS AU HAVRE.--LE NAPOLÉON, GOELETTE À HÉLICE (1).

Note 1: Nous devons la communication des différents dessins qui accompagnent cet article à M. Ernest Charton, du Havre.

La découverte la plus merveilleuse des temps modernes est, sans contredit, l'application de la vapeur à la locomotion soit sur la terre, soit sur l'eau. Cette puissance, inconnue encore il y a peu de temps, est aujourd'hui l'agent le plus actif des relations commerciales ou sociales; aussi toutes les intelligences sont tendues vers l'amélioration de ses moyens d'action. La force est là, mais elle est, comme toutes les forces matérielles, inintelligente et inerte, elle attend que la main de l'homme la dirige et rapplique. Des volumes ne suffiraient pas à enregistrer tous les essais, toutes les inventions auxquels a donné naissance l'étude de cette puissance, la dernière arrivée et qui laisse déjà bien loin derrière elle ses devancières.

L'application de la vapeur aux bâtiments de mer a commencé une ère nouvelle dans l'histoire des peuples. On ne l'a d'abord appliquée qu'aux bâtiments de commerce; c'était beaucoup, mais ce n'était pas tout: et cependant la première machine qui frappa l'eau de sa palette jetait les bases d'un avenir pacifique, en rendant plus fréquentes et plus faciles les communications de peuple à peuple. Aussi le cri des hommes intelligents, de ceux qui voient loin dans l'avenir, à l'aspect de ces étranges navires, qu'un peu d'eau et de charbon poussait contre vent et marée, le cri de ces hommes a été: Si l'on peut appliquer la vapeur à la marine royale, la guerre est désormais impossible. Chose étonnante! plus on perfectionne les moyens de destruction, moins on a à craindre d'avoir à les employer. Plus on se prépare à la guerre, à une guerre meurtrière et inexorable, plus les nations resserrent leurs liens; aussi, le jour où il sera possible de détruire une ville, de renverser des colonnes entières avec un boulet de canon, ce jour-là les portes du temple de Janus seront fermées pour jamais. Si vis pacem, para bellum: c'est le précepte ancien, qui est aujourd'hui plus vrai qu'il ne l'a jamais été.

Ce progrès, appelé par les voeux de tous les hommes politiques, s'est réalisé, et aujourd'hui les bâtiments de l'État ont reçu des machines dont la force varie de 100 à 430 chevaux. Tous, il est vrai, ne sont pas encore munis de ces appareils. En France, on a procédé avec lenteur: on a songé que, pour un matériel nouveau, il fallait une installation nouvelle et des hommes nouveaux, ou au moins une éducation différente. Aussi peu à peu les bâtiments à vapeur se construisent, se forment et se complètent par un personnel en harmonie avec leur destination ultérieure.

Cependant, à peine a-t-on eu fait un pas dans cette voie, que l'on s'est aperçu que, si la navigation à vapeur présentait, dans un grand nombre de cas, d'immenses avantages sur la navigation à la voile, la forme des machines, leur mécanisme, leur approvisionnement, offriraient de graves inconvénients quand on voudrait l'appliquer aux vaisseaux de premier rang; et toutefois, si nous ne voulons pas rester en arrière de nos voisins d'outre-Manche, il faut que la vapeur soit appliquée aux vaisseaux de ligne comme aux frégates, comme aux corvettes.

Le problème à résoudre était donc celui-ci: Trouver une forme de propulseur telle: 1° que la surface que le vaisseau présente à la mer en s'avançant ne fût pas augmentée; 2° que l'on pût se servir avec une égale facilité de la vapeur ou de la voile, ou de tous les deux ensemble; 3º que l'approvisionnement de charbon nécessaire à une machine puissante fût réduit le plus possible; 4° que le propulseur fût mis à l'abri du boulet et put agir par tous les temps et par toutes les mers. Nous omettons plusieurs autres conditions du problème, que l'intelligence du lecteur trouvera facilement en comparant le nouveau mode de propulsion à l'ancien.

Nous ne faisons que désigner ici le premier système, qui est déjà le système ancien, il consiste, comme l'on sait, en deux roues à palettes placées sur les côtés du navire et mises en mouvement par l'arbre d'une ou de deux machines, qui leur communique directement le mouvement de rotation nécessaire pour faire avancer le navire. Il est facile d'apercevoir de suite les inconvénients de ce système, inconvénients qui augmentent dans une proportion rapide avec la dimension et le rang du bâtiment, tellement que, si l'on n'avait que ce moyen d'appliquer la vapeur aux vaisseaux de ligne, il faudrait y renoncer.