Une consultation de mademoiselle Lenormand.
Nous ne pensons pas devoir nous étendre sur ces puérilités divinatoires. A quoi bon expliquer, d'après Delrio, Taisnier ou de La Chambre, comment chacun des doigts est consacré à une planète, le pouce à Vénus, l'index à Jupiter, le doigt du milieu à Saturne, etc.? A quoi bon chercher ce qu'on peut voir dans un jeu de cartes ou dans quelques gouttes d'eau versées sur un miroir? Nous sommes de l'avis de saint Ouen, évêque de Rouen, qui disait à ses ouailles: «Ne croyez point aux sorciers, je vous en conjure; ne les consultez pour aucun objet.» La seule divination admissible est celle dont les résultats sont amenés par la perspicacité naturelle; la méthode d'induction est le véritable esprit divinatoire. S'il s'agit des États, les événements passés ou présents ont des conséquences faciles à pronostiquer; s'il s'agit des individus, le tempérament, la physionomie, l'âge, les manières, nous signalent le caractère du consultant; et les actions étant toujours conformes aux penchants, nous arrivons à des hypothèses assez exactes.
Ce qui a rendu mademoiselle Lenormand si fameuse, c'est d'avoir compté parmi ses adeptes Fouché, Barras, David, Denon, Moreau, madame de Staël, Talma, le chanteur Garât, le prince de Talleyrand et la plupart des hommes illustres de l'Empire. Nous reconnaissons volontiers qu'elle ne manquait ni d'esprit ni d'érudition; mais puisse-t-elle, pour l'honneur du dix-neuvième siècle, avoir emporté l'art divinatoire dans son tombeau!
Tombeaux de Casimir Périer et de Garnier-Pagès,
AU PÈRE-LACHAISE.
Tombeau de Casimir Périer.--Architecte, M. Achille Leclerc; statuaire, M. Corlot
Deux cérémonies funèbres ont eu lieu ces jours derniers au cimetière du Père-Lachaise. Deux monuments dont une souscription publique a fait les frais, ont reçu les restes de Casimir Périer, mort premier ministre, et ceux de Garnier-Pagès, enlevé si jeune à la tribune parlementaire. Les mots de services rendus au pays, de monument national, ont été prononcés au pied des deux tombeaux; et cependant les foules de chaque cortège, animées de sentiments bien divers, n'ont ni les mêmes voeux ni le même but. Nous n'avons pas à retracer la vie publique de Casimir Périer ni celle de Garnier-Pagès: le monument nous occupe ici plus que le personnage; cependant, qu'il nous soit permis de le remarquer, ces deux hommes, avant la révolution de 1830, auraient siégé sur les mêmes bancs, soutenu la même lutte, travaillé à la même oeuvre; s'ils avaient disparu alors, les mêmes voix auraient béni leur mémoire. Un grand événement arrive et imprime une marche nouvelle aux destinées de la France: Casimir Périer croit que la révolution est le dénouement du drame, Garnier-Pagès n'y voit que son exposition; de cette divergence dans les idées est née la différence dans la conduite. Les deux hommes politiques ont déployé dans la lutte, selon leur génie, beaucoup de talent et de courage; la mort, interrompant leur oeuvre commencée, a arraché l'un aux affaires; qu'il dirigeait avec énergie, l'autre à la tribune qu'il occupait avec distinction. Leurs partisans ont regardé la perte de ces illustres chefs comme un malheur public; de là un double élan national dont les monuments funèbres sont la solennelle manifestation.