Le rosier Fellemberg et les autres rosiers de grandes dimensions se plantent isolément à l'entrée d'une pièce de gazon dont la verdure fait ressortir l'éclat de leurs fleurs innombrables. Les Anglais maintiennent les têtes volumineuses de ces rosiers au moyen d'un support de forme particulière, autour duquel sont attachées des ficelles maintenues par des chevilles plantées circulairement dans le sol.

Au milieu de ces centaines de variétés et sous-variétés, auxquelles tous les ans se joignent les acquisitions nouvelles produites par l'hybridation, la première place appartient toujours à la rose la plus commune; la rose qui vient sans culture dans le jardin du paysan, la rose des peintres, surnommée avec justice reine des cent feuilles, est et sera toujours la véritable reine des fleurs.

Les deux plus belles parmi les Bengales ont été obtenues à Paris dans la belle collection du Luxembourg, que dirige l'habile et persévérant M. Hardy; l'une porte le nom de triomphe du Luxembourg, l'autre est dédiée au comte de Paris.

Parmi les Provins à fleurs perpétuelles, aucune ne surpasse en beauté la rose Prince-Albert, conquise de graine, en 1839, par M. Laffay, de Bellevue. La reine d'Angleterre ayant chargé M. Laffay de lui composer un rosarium, il fut invité, assure-t-on, à dédier au prince Albert une de ses roses nouvelles non encore nommées.

La rose Prince-Albert se distingue par la vivacité de ses couleurs; ses pétales, tant ceux du dehors que ceux du coeur de la rose, sont d'un rouge nacarat en dehors, et d'un beau violet velouté à l'intérieur.

Nous ne terminerons pas sans dire quelques mots de l'utilité de certaines roses et du commerce des roses coupées vendues sur les marchés de Paris.

La médecine fait un fréquent usage de la rose de Provins, cueillie un peu avant son complet épanouissement, puis séchée et conservée pour être employée comme médicament astringent.

Les roses coupées se vendent en quantités énormes aux pharmaciens et distillateurs pour la préparation de l'eau de rose et de l'altar, ou essence de rose, l'un des parfums les plus chers et les plus recherchés. Les roses les plus parfumées contiennent très-peu d'huile essentielle, les pétales seuls, distillés sans leurs calices, n'en donnent pas au delà de 1.3200 ou 1.3500 de leur poids; on ne distille pour cet usage que les roses de Damas et les roses communes à cent feuilles.

Quelques communes voisines de Paris, entre autres Poteaux et Fontenay, cultivent en plein champ, sur une très-grande échelle, des rosiers dont les fleurs sont coupées pour être vendues par bouquets aux Parisiens. D'après des renseignements que nous avons pris sur les lieux, la production est à peu près de cinquante roses par mètre carré dans les années ordinaires, de sorte qu'un hectare consacré à cette culture ne produit pas moins de cinq cent mille roses, vendues à la balle de Paris au prix moyen de 40 cent. le cent aux revendeuses, qui les débitent en détail en gagnant à peu près moitié; on peut juger par là des sommes importantes que fait circuler rien qu'à Paris le seul commerce des roses coupées.

Mais le commerce des rosiers en pots est bien autre chose. Pas un des mille et mille rosiers vendus tous les ans au marché aux fleurs pour les jardins de la fenêtre, ne résiste au delà d'un an à l'air épais et concentré et aux exhalaisons du ruisseau de Paris. C est un énorme débouché, un tribut volontaire que paie la population parisienne à l'infatigable population d'horticulteurs chargés du soin de fournir à ses besoins et à ses plaisirs. Telles sont les obligations que nous avons aux roses; telle est l'étendue des services que rend à la société l'une des plus gracieuses productions de la nature, celle qui reste à jamais et de si bon droit la reine des fleurs.