--Un journal judiciaire annonce la vente, après faillite, d'un mobilier appartenant à un meunier de Saint-Denis; en voici le détail, qu'on sera certainement surpris de lire à propos de moulin: voitures de luxe, chevaux anglais, vins du Rhin, de Beaune, de Champagne, de Chambertin et de Romanée, tableaux, tapis, porcelaines de Saxe et de Sèvres, piano à queue, bureaux-ministres, bibliothèque de huit cents volumes, harpe, bronzes de Thomire.--On voit que les meuniers d'aujourd'hui ne sont pas de la même farine que les meuniers de Sans-Souci et de Lieursaint; l'humanité marche; les meuniers sont des princes et les princes sont des meuniers. Dans dix ans, saura-t-on où aller se faire moudre? et, je vous prie, dites-moi ce qu'est devenue la meunière.

La simple meunière

Du moulin à vent?

--M. Jouy, auteur du poème de l'opéra de Guillaume Tell assistait l'autre jour, pour la rentrée de Duprez, à la représentation de son ouvrage: «Mon cher monsieur Jouy, lui dit son voisin, savez-vous que c'est là une oeuvre admirable?--Oui, sans doute, lui répondit l'académicien avec la bonhomie qui le caractérise; mais cependant il y a quelque chose à redire.--Quoi donc?--Eh! c'est ce damné de Rossini, qui a fait une diable de musique, une musique bruyante qui empêche d'entendre mes vers.--Que ne le lui disiez-vous, cher monsieur Jouy.--Je le lui ai bien dit, mais il n'a pas voulu me croire!»

Les théâtres ont fait des économies cette semaine; excepté un petit vaudeville, la Meunière de Meudon, nous n'avons pas la plus petite dépense à leur reprocher.

La meunière de Meudon est une assez bonne fille et d'assez bonne humeur; un joli chevau-léger fait battre son petit coeur; mais la meunière a de la vertu; tout chevau-léger qu'on est, il faut passer à la mairie; la meunière ne badine pas. Épousez-moi, ou votre servante! Comment un chevau-léger épouserait-il une meunière? voilà le point difficile. Et puis, le héros est occupé ailleurs, du côté d'une belle dame, parée de dentelles et de soie. La meunière manoeuvre donc pour guérir le chevau-léger de cet amour, et elle s'y prend si bien, avec tant de bonne foi et de gaieté, qu'elle y réussit: le chevau-léger se rend, l'épaulette contracte alliance avec la meule du moulin. Ce vaudeville n'est pas du plus pur froment mais il fait rire.

Théâtre-Français.--Les Demoiselles de Saint-Cyr. Fin du
1er acte: Régnier, Hercule Duboulloy; Firmin, vicomte de Saint-Hérem:
mademoiselle Plessis, Charlotte de Meiran; mademoiselle Anaïs, Louise Mauclair.

--Nous sommes gens de parole; nous vous avions promis la semaine dernière une scène des Demoiselles de Saint-Cyr, comédie de M. Alexandre Dumas, Cette scène, la voici: regardez-bien.

Nous avons pris nos personnages au moment, le plus critique: Saint-Hérem et Charlotte de Meiran se disposent à fuir du couvent, escortés de mademoiselle Louise Mauclair et de Duboulloy; déjà ils se croient libres, quand tout à coup la fenêtre s'ouvre; un exempt paraît une torche à la main, suivi de ses gens, et s'écrie: «Au nom du roi, je vous arrête!» Qui est surpris? C'est Saint-Hérem, lequel se croyait en bonne fortune et ira coucher à la Bastille; c'est Duboulloy qui comptait se marier gaiement, et sent venir la prison, rien qu'au fumet. Quant à mademoiselle de Meiran, elle cache son visage dans ses mains, comme il conviendrait à une tendre et pudique colombe prise au piège; Louise Mauclair est plus brave, et se contente de faire semblant d'avoir peur.