Les troupes d'infanterie du camp de Lyon, à Villeurbane, sont arrivées sur le terrain du 5 au 7 août; la cavalerie, du 8 au 10; l'artillerie, du 9 au 11. L'infanterie du camp de Bretagne est arrivée du 17 au 22 juillet; la cavalerie, les 24 et 25, et l'artillerie le 26.

La durée ordinaire des camps est de deux mois, et en général du 15 août au 15 octobre. Quelquefois le mauvais temps en fait avancer la dissolution.

Manteau d'armes et guérite de paille.

Camp de Lyon.--Le gros de l'infanterie, composé de 5 régiments à 2 bataillons chacun, a dressé ses tentes à droite et à gauche de la route de Crémieux, en avant de Villeurbane et à 1,500 mètres de la nouvelle église. A gauche de la route, sont les 2 bataillons du 51e de ligne et la compagnie de sapeurs du génie; à droite sont rangés, sur des lignes parfaitement égales et parallèles, les bataillons des 54e de ligne, 20e léger, 19e et 16e de ligne. Les faisceaux sont formés du côté de l'est, et le parc d'artillerie, composé de 2 batteries, se trouve derrière le 54e de ligne. A 4 kilomètres du camp principal, sur la hauteur du Molard et à gauche de la route, le 16e léger a été installé comme camp avancé. La cavalerie, dragons, lanciers et chasseurs, est cantonnée à. Décince-Charpieux, dans les hameaux et les formes qui sont entre ce village et le camp principal. Le quartier-général est établi à 700 mètres en arrière du camp, sur la roule de Crémieux. Les steppes qui s'étendent le long du Rhône, sur la commune de Vaulx-En-Velin, serviront de champ de manoeuvres.

Les mesures prises par les autorités sont toutes appliquées au bien-être du soldat. Le gouvernement paie aux logeurs des cantonnements 15 cent, par homme, 5 cent, par attache de cheval. Les voituriers des environs ont quadruplé leurs voyages et leurs recettes. Les aubergistes, les jardiniers, les marchands de toute sorte, travaillent au delà de leurs espérances. Les officiers louent à un prix élevé les plus humbles chambres et paient assez cher leurs pensions.

Les distributions sont réglées avec exactitude. Les troupes du camp de Lyon, comme de celui de Plélan, ont droit à la fourniture du pain; elles recevront en sus, d'après une décision du ministre de la guerre, une ration de riz par homme et par jour; il pourra aussi leur être fait éventuellement des distributions de vin et d'eau-de-vie. Les indemnités extraordinaires de solde sont celles du pied de rassemblement.

Le camp avancé du Molar, formé par le 16e léger, est assis sur un plateau d'où l'oeil découvre une vue magnifique: le Mont-Blanc couvert de neige, les superbes plaines de la Bresse, les bois du Dauphiné, le Rhône et ses coteaux pittoresques, les marais impraticables, qu'on appelle dans le pays les marais tremblants, et les immenses pâturage qui serviront de champ de manoeuvres, les hauteurs de Fourvière, et cette admirable campagne couverte de maisons blanches.

A chaque pas, en avançant de Décine vers Villeurbane, on rencontre des cabarets ornés des enseignes les plus curieuses, des marchands en plein vent, des jongleurs, une masse pressée de promeneurs; bientôt on aperçoit les flammes et les pignons des tentes du quartier-général, puis leurs toiles blanches reflétant les rayons du soleil, et habillant en quelque sorte la ville militaire d'un vêtement de brocart d'or et d'argent.

Le dimanche surtout la scène s'anime, la foule des visiteurs augmente, la route est tellement embarrassée que les cavaliers envoyés en ordonnance ont grand'peine à s'y faire place. Tous ceux qui ont voiture à Lyon viennent voir le camp: les élégantes en calèche découverte, les jeunes gens à cheval, les modestes fortunes en carriole, les vrais flâneurs et les artisans à pied; c'est comme une promenade de Longchamp. Ce jour-là, les ouvriers ne dînent pas à Lyon mais au camp; les spectacles, de la ville sont abandonnés pour le camp. Là, en effet, se groupent les plaisirs citadins et champêtres; les jeux de quilles, les jeux de boules, les jeux de bagues sont en mouvement perpétuel; des soldats de toutes les armes fraternisent le verre et la chanson aux lèvres, les cafés regorgent à tel point, qu'il est impossible de s'asseoir et que le promeneur se rafraîchit et consomme debout sur ses deux jambes. Les tréteaux ne font pas faute, pas plus que les bals égayés par les éclats d'une joie bruyante, mais sans désordre. Enfin, les musiques des régiments s'assemblent en cercle devant chaque front de bandière et jouent des symphonies.