--L'affaire de MM. Alexandre Dumas et Jules Janin est complètement enterrée; on n'en parle plus. Qu'on me permette cependant d'ajouter encore quelques mots pour lui servir de De profundis définitif.

Un des témoins du feuilletoniste, voyant le trouble et l'inquiétude de madame Janin, lui dit spirituellement: «Eh! mon pauvre ami, tu te trompes; ton duel n'est pas avec Dumas, mais avec ta femme.»

M. Jules Janin répondit: «Que veux-tu? la pauvre petite n'est pas encore habituée à ces choses-là; c'est sa première affaire!»

--M. Alexandre Dumas, à peine remis de ce combat sanglant, vient de lire une comédie en trois ou quatre actes à MM. les comédiens français: l'ouvrage a été reçu, cela va sans dire. Vaut-il un peu mieux que les Demoiselles de Saint-Cyr? je n'en sais rien; toujours est-il que M. Alexandre Dumas à grand besoin d'un succès pour panser les blessures qu'il s'est faites à lui-même sa ridicule affaire contre M. Jules Janin.

Don Francisco Martinez de la Rosa.

Don Martinez de la Rosa naquit à Grenade en 1786. Il était l'aîné d'une famille qui tenait un rang honorable dans la noblesse espagnole. Le premier acte de sa volonté fut une protestation énergique et généreuse centre les privilèges de la naissance; il ne voulut pas pour lui du droit d'aînesse et partagea avec ses frères l'héritage paternel. Enfant encore, il entendait de loin le bruit de notre grande révolution, et le spectacle de nos luttes intestines lui appui de bonne heure à distinguer la liberté qui fait les nations grandes et fortes de licence, qui les énerve et les dégrade. Cette première impression de sa jeunesse, loin de s'effarer, l'a guidé au contraire toutes les phases de sa vie.

L'invasion de sa patrie par une armée française, cette irréparable faute de Napoléon, surprit don Martinez au milieu de ses travaux littéraires; il publiait à Salamanque un cours de littérature et de philosophie. L'indépendance nationale trouva en lui un éloquent défenseur; il ferma ses livres, renonça à ses douces et studieuses occupations, et mit sa plume au service de cette noble cause. Il se fit journaliste et contribua puissamment à développer les généreux instincts populaires, force mystérieuse contre laquelle, se brisa la puissance gigantesque de l'Empire.

Après l'invasion de l'Andalousie, quand le droit dut un instant céder à la force, don Martinez se réfugia à Cadix et de là il passa en Angleterre, triste exil où il ne cessa de regretter la patrie absente et opprimée, sentiment plein d'amertume qui lui inspira quelques-unes de ses plus remarquables poésies. El Recuerdo de la patria (le Souvenir de la patrie), entre autres, est à lui seul un petit poème aussi remarquable par la délicatesse du rhythme que par les sentiments tendres et élevés qu'il exprime. Qu'importent à l'exilé les splendeurs de cette cour opulente, les richesses industrielles de l'Angleterre, et ces femmes blanches et roses, aux yeux plus bleus une l'azur du ciel, aux cheveux qui paraissent de l'or pur? Les gracieux yeux noirs, le pied léger, le teint brun des femmes de la patrie n'effacent-ils pas ces froides beautés du Nord? Une triste et touchante invocation au fleuve paternel, Padre Dauro, termine cette plainte harmonieuse.

Francisco Martinez de la Rosa.