Le siècle, ainsi échappé des mains de Jehovah, marche pendant cent années dans l'univers, et quand il a terminé sa course, il va se réunir à ses frères qui ne sont plus.
Un autre le suit, qui le remplace, qui vit aussi de cette vie égale et mesurée, et il court aussi s'abîmer dans le passé.
Chacun emporte avec soi ou les trésors d'une grande gloire, ou le poids d'un oubli profond.
Celui-là est le siècle de Charlemagne, cet autre celui de Napoléon, d'autres sont des siècles d'ignorance et de misère.
Quand ils ont ainsi vécu, ils se réunissent tous dans un antique palais, et, se tenant par la main, ils forment une longue chaîne, et ils dansent.
Quelquefois ces fantômes centenaires s'assoient autour d'un foyer, comme de graves vieillards, et ils se racontent leur vie.
LA COMÈTE.
Regardez-la marcher dans ses écarts, cette comète insensée, qui ne vit pas dans les limites que mesure au monde le doigt de Dieu.
On dirait une folle qui traverse les champs loin des routes, qui, les cheveux épars, court sans but et sans pensée, pousse des cris, et laisse flotter derrière elle ses vêtements.
Ainsi cette planète vagabonde vole brûlante dans l'espace; sa chevelure enflammée se développe derrière elle... mais elle est terrible dans ses pas irréguliers.