Anniversaire de la Révolution Belge.--Concert dans l'ancienne église des Augustins.
En 1837, le déplorable état où se trouvait alors l'enseignement primaire inspira l'idée de créer à Bruxelles une société ayant pour but de répandre l'instruction parmi les classes ouvrières. Cette société ouvrit des cours gratuits qui comptèrent, en peu de temps, plus de huit cents élèves. On y enseignait surtout la musique.
Le gouvernement s'était méfié des tendances de cette société; rassuré, il conçut l'idée de faire servir cet enseignement à l'embellissement des fêtes de septembre de l'année 1838. Des choeurs devaient être chantés sur la place des Martyrs au moment de l'inauguration de la statue de la Liberté élevée à l'endroit où reposent les combattant» qui succombèrent en 1830. Mais les ministres actuels, craignant sans doute de donner aux fêtes de septembre un caractère trop prononcé, renoncèrent à ce projet.
Cependant, l'enseignement musical continua de faire de rapides progrès parmi les masses; de nombreuses sociétés de chant se constituèrent de toutes parts, et, en 1841, le gouvernement songea de nouveau à les employer aux fêtes de septembre; un grand concours vocal ayant été institué cette année à Bruxelles, toutes les sociétés de chant du royaume et même de l'étranger furent invitées à y prendre part. Des médailles étaient destinées aux sociétés victorieuses. Une fête semblable eut également lieu en 1842; mais alors déjà on s'aperçut des nombreux inconvénients qu'elle offrait. Les villes ou résidaient les sociétés qui n'obtenaient point de prix virent leur défaite avec dépit. L'union que l'on voulait faire régner entre toutes les provinces de la Belgique fut de nouveau compromise, On se rappela que, sous le gouvernement hollandais, une haine profonde entre Gand et Anvers n'avait eu d'autre motif que le prix remporté par la première de ces villes à un concours de musique. Les concours de chant durent donc être abandonnés de nouveau.
L'anniversaire de la Révolution de 1830, célébré cette année à Bruxelles, n'a pas encore été ce qu'il devrait être si le gouvernement comprenait son devoir. Les fêtes données étaient plus faites pour récréer les yeux que pour réjouir le coeur ou élever l'intelligence. Cependant, parmi ces fêtes, nous en avons remarqué qui sont susceptibles de développer de plus en plus, en Belgique, le goût et le sentiment de la musique; tels sont, par exemple, les concerts donnés aux Augustins et au Parc.
L'ancienne église des Augustins, où se donnent actuellement à Bruxelles les concerts qui exigent la réunion d'un grand nombre d'exécutants, est un édifice élevé en 1642 et réuni à cette époque à un couvent d'une construction beaucoup plus ancienne. L'extérieur, d'une remarquable simplicité, offre quelque intérêt; le portail de l'église est assez large: il est orné de six colonnes dont les chapiteaux supportent une corniche qui règne, sur toute la façade. Trois portes donnent accès à l'intérieur. Les dessins de cette église et de son portail sont dus à Wenceslaus Coebergher.
L'intérieur des Augustins, disposé actuellement en salle de concert, peut contenir un grand nombre d'auditeurs; des bancs sont rangés dans la nef principale ainsi que dans les deux nefs latérales. Au-dessus des deux nefs latérales, on a élevé des espèces de tribunes qui contiennent encore un certain nombre de places. Au fond, dans l'ancien choeur, se trouve l'orchestre.
La partie musicale des fêtes de cette année a été confiée par le gouvernement à M. Ferdinand, ancien chef d'orchestre du théâtre de Liège. M. Ferdinand a fait preuve d'une grande activité, et surtout de beaucoup d'habileté dans l'organisation et dans la direction des grandes solennités musicales. Trois cents exécutants environ, tant instrumentistes que chanteurs, se trouvaient placés sous sa direction aux concerts des Augustins. Liège, Tongres. Verviers, Namur, Mons, Maestricht, Berg-op-Zoom, Leyde. Cambrai, Valenciennes, Courtrai, Bruges, Ostende, Gand, Termonde, Ham, Lille, Spa, Aix-la-Chapelle, Cologne et Mayence, avaient envoyé à Bruxelles, par les chemins de fer, l'élite de leurs dilettanti. Comme on le voit, la Hollande elle-même était représentée à ce Festival. Telle est la puissance de la musique, qu'elle force à fraterniser les ennemis les plus irréconciliables.
Cette masse imposante d'exécutants a rendu avec beaucoup d'ensemble quelques-uns des morceaux les plus célèbres de la musique classique, au nombre desquels on a surtout remarqué les magnifiques compositions de Beethoven, de Chérubini, de Méhul, de Haendel et de Haydn.