Notre révolution de Juillet, qui eut en Angleterre de si longs et de si généreux échos, hâta sans contredit le grand acte de délivrance. En 1831, la couronne donna elle-même l'exemple aux colonies, en prononçant l'affranchissement immédiat et général des esclaves qui lui appartenaient. Une circulaire fut adressée à cet effet, par le vicomte Goderich, à tous les gouverneurs de colonies à esclaves. Cette déclaration et les dispositions diverses qui en furent la conséquence (8), excitèrent d'unanimes et énergiques protestations à Sainte-Lucie, à la Trinité, à Demérary et à Maurice. La Chambre des Communes dut prendre en considération cet état de choses, et, pour éviter de nouvelles collisions, elle nomma un comité chargé de proposer les moyens de concilier la liberté à donner aux esclaves avec l'intérêt des maîtres.
Note 8: Ordre en conseil du 2 novembre 1831.
Le rapport de ce comité ne fit que constater la gravité du mal, mais il ne formula aucun moyen de le faire cesser. La situation du gouvernement était dangereuse; placé entre la nécessité de sévir contre les colons pour assurer l'exécution des mesures qu'il avait prescrites, ou de céder devant leur attitude menaçante, et de s'exposer ainsi au soulèvement de la population esclave et au rejet indéfini de toute tentative d'émancipation, il prit une résolution hardie et décida l'émancipation générale.
Lord Stanley, secrétaire d'État des colonies, soumit au Parlement (mai 1833) le projet d'abolition. Le 12 juin 1833 ce grand acte fut voté, et la couronne le sanctionna le 28 août suivant.
Un système d'apprentissage sagement conçu ménagea la transition du travail forcé au travail libre. Les esclaves devenus apprentis travailleurs (apprenticed labourers) étaient divisés en trois classes, et le temps de leur apprentissage était fixé à quatre et à six ans; pendant ce temps leur travail, dont la durée était déterminée, appartenait aux personnes qui y auraient eu droit s'ils fussent demeurés esclaves. Une somme de 20 millions de livres sterling (500 millions) fut affectée aux indemnités que le gouvernement devait aux maîtres expropriés. L'affranchissement était en effet une expropriation forcée pour cause de moralité publique.
Des ordres généraux, transmis par le secrétaire d'État des colonies, assurèrent l'exécution de cet acte et prescrivirent les mesures d'ordre et les dispositions réglementaires nécessaires pour coordonner un mouvement aussi vaste. Le gouvernement anglais et les Chambres déployèrent dans ces circonstances une activité, une harmonie dont notre gouvernement parlementaire offre peu d'exemples, et qu'on ne saurait trop lui proposer pour modèle. Ainsi, le 16 novembre 1833, le ministre des colonies adressait au ministre des finances une lettre par laquelle il lui demandait de proposer une allocation de 20,000 livres sterling (500,000 francs) pour l'établissement d'écoles normales primaires consacrées à l'enseignement des noirs; plus, une somme de 5,000 livres sterling (125,000 francs) pour l'entretien de ces écoles. Neuf jours après, le 25 novembre, le ministre pouvait annoncer aux gouverneurs des colonies que le Parlement avait non-seulement voté, à l'unanimité, les sommes demandées, mais encore qu'il avait témoigné le vœu que les législatures coloniales concourussent à répandre dans la population affranchie le bienfait de l'éducation religieuse.
Vue des deux étages situés à l'arrière au-dessus des deux batteries.
Coupe de face de navires négriers à une et à deux batteries.