«Si bien que..... mais où en suis-je resté? Ah! oui, je me souviens maintenant. Si bien que le bambin reprit à vue d'œil une santé parfaite; mais avec la mère ce fut une autre chanson, elle revint aussi à la vie; quand elle ouvrait les yeux, elle regardait autour d'elle et appelait..., un certain nom..... un nom bizarre.... Nena, peux-tu le repêcher ce nom-là?
--Elle disait: Ramengo, mon Ramengo, où es-tu?
--Elle appelait Ramengo, s'écria l'inconnu d'une voix de tonnerre.
--Bien sûr, continuait le pêcheur, proprement Ramengo; ce nom ne m'est jamais sorti de l'esprit. Elle ne savait pas dire autre chose; et même, quand elle délirait, elle ne faisait que répéter ce nom, et.....
--Et quel autre?.... demanda le traître.
--Et elle disait aussi: Pauvre enfant! et beaucoup d'autres fois: Cher, pourquoi ne viens-tu pas? je t'ai tant attendu! Mais tu as eu peur, n'est-ce pas? Il est brutal, mais bon; et d'autres choses dénuées de sens, parce qu'elle n'avait pas sa raison. Il ne fut jamais possible de la guérir. Ce que ma Nena fit pour elle ne se pourrait dire.
--Oh bien! reprit la femme avec une complaisance ingénue, j'ai fait mon devoir. Nous sommes nés pour nous aimer et nous secourir les uns les autres. Ai-je bien dit, seigneur étranger? Et qui n'aurait porté, secours à cette pauvre créature? Â la voir, on comprenait qu'elle était accouchée récemment; belle, qu'elle devait avoir été un ange; mais abattue, exténuée, elle vous regardait avec deux yeux à faire pleurer un tigre.»
Ramengo s'éloigna du feu en s'éventant et respirant avec force; il arpenta la petite chambre.
«Est-ce qu'il a trop chaud? demandait Maso. Pourtant ses habits fument encore sur son dos.
--Oui, oui, cria celui-ci d'un ton de colère; mais finissez votre chanson avant qu'il ne vous vienne un cancer de la langue. Je ne vois pas quel rapport ont toutes ces niaiseries avec ce que je vous ai demandé.