Un matin, Venturino tenant le bras de son père, de sa petite main lui indiquait les montagnes de la terre ferme couronnées de nuages fantastiques, tout à coup il s'écria: «Vois, vois ce vaisseau qui s'approche. Il porte sur sa voile la vipère de Milan.»

A cette vue son père ne put s'empêcher de frissonner. Lorsque le vaisseau s'approcha, chacun reconnut qu'il portait les armes de Pise écartelées de celles des Visconti. On sut bientôt à bord que Pise s'était alliée aux Visconti de Milan.

Chacun commenta cette nouvelle à sa manière; mais Francisco en fut vivement épouvanté, son fils et lui étaient perdus s'ils abordaient un port de Pise. Pâle colonie les voiles de son bâtiment, il commença à supplier le capitaine de retourner en France, s'offrant à lui payer non-seulement les frais de la traversée, mais tout le dommage qui pourrait en résulter pour lui et pour les passagers, et à lui donner en outre une forte récompense. Il lui avoua tout; mais cet homme levant les épaules, lui répondit: «Je dois être aux ordres de ce seigneur.»

Et il indiqua Ramengo, qui lui dit brusquement:

«Votre devoir est de continuer votre route.»

Quel voile ces paroles firent tomber des yeux de Pusterla! Raisons, supplications, larmes, que ne tenta-t-il pas pour attendrir ce misérable! Il se jeta même à ses pieds avec son fils; il lui embrassa les genoux, lui rappelant les antiques bienfaits de sa famille, le nom de Rosalia: «Vous aussi, lui dit-il, vous devez comprendre l'amour paternel, car un instant au moins vous avez été père.»

Le rire satanique qui errait sur les lèvres de Ramengo en contemplant l'humiliation, en entendant les prières de son ennemi, se changea en un rugissement féroce à ces dernières paroles, «Et je serais encore père et époux si tu n'avais pas existé, maudit!» s'écria-t-il en repoussant le père suppliant, avec un geste brutal. Puis il ajoutait: «Mais rends grâces à Dieu, qui m'a donné la consolation de te voir torturer dans ces affections dont tu m'as privé.»

Pusterla ne pouvait comprendre tout le gens de ces paroles; mais il avait reconquis le sentiment de sa dignité. Se relevant vivement, il s'éloigna de Ramengo avec indignation, sans ajouter un seul mot; puis il embrassa son enfant, assis sur ses genoux, avec le calme du désespoir.

Cependant le navire, avait été signalé; et de derrière la Capraja débouchèrent deux galères faisant force de rames, qui vinrent à sa rencontre. La vipère des Visconti, peinte sur le pavillon, ne laissait point de doute sur leur maître, Pusterla les regarda s'approcher et ferma les yeux dans l'attente d'un malheur inévitable.