Le fidèle est tenu en son particulier à différents exercices, pour s'acquitter convenablement de ce devoir important de l'islamisme; ces exercices consistent à s'arrêter aux premières stations, autour de la Mecque, à une certaine distance de la cité sainte, et sur la route même des pèlerins qui y viennent de toutes les parties du inonde, à y faire les purifications, à prendre l'ihram, espèce de voile ou manteau pénitencier formé de deux pièces de laine blanches et neuves, sans coutures. Finie pour se couvrir la partie inférieure, et l'autre la partie supérieure du corps; à se parfumer avec du musc ou d'autres aromates, à réciter des prières et à psalmodier des cantiques à haute voix. Le pèlerin ne peut être vêtu que de son ihram; il peut cependant avoir sur lui des espèces en or ou en argent, mais dans une bourse ou dans une ceinture, être armé d'un sabre, porter son cachet au doigt, et le saint livre du Koran dans un sac pendu à son côté. A son arrivée à la Mecque, il doit aussitôt se rendre directement au Kaabah, entrer dans le temple par la porte Schéibé, les pieds nus, et en récitant une prière consacrée, s'approcher de la Pierre-Noire (1), la baiser respectueusement ou bien la toucher des deux mains et les porter ensuite à la bouche, faire, immédiatement après, les tournées autour du sanctuaire, en partant de l'angle de la Pierre-Noire, et avançant toujours du côté droit, pour avoir le sanctuaire à gauche, et par là plus près de son cœur. Cette tournée autour du Kéabé se renouvelle sept fois de suite: le pèlerin est tenu de faire les trois premières en se balançant alternativement sur chaque pied, et secouant les épaules; les quatre autres, au contraire, d'un pas lent et grave. Les tournées, qui forment un des actes les plus importants du pèlerinage, doivent se faire en trois différents temps: la première, le jour même de l'arrivée du pèlerin à la Mecque; la seconde, appelée tournée de visite, pendant un des quatre jours de la fête de Biram; et la troisième, tournée de congé, le jour même de son départ de la Mecque.

Note 1: L'hommage que l'on rend à cette pierre est pour rappeler au fidèle l'aveu et la confirmation de l'acte de foi que toute la légion des êtres spirituels fit à la création du monde. L'Être-Suprême les ayant interrogés de la sorte: «Ne suis-je pas votre Dieu?» Tous répondirent: «Oui, vous l'êtes.» Ces paroles furent déposées dans le sein de cette pierre par l'Éternel lui-même. «Aussi la Pierre-Noire, d'après les expressions du Koran, est un des rubis du paradis: elle sera envoyée au dernier jour; elle verra, elle parlera, et elle rendra témoignage de tous ceux qui l'auront touchée en vérité et dans la sincérité de leur cœur.

Le pèlerin doit aussi, ce dernier jour, boire de l'eau du puits de Zemzem, dont l'origine miraculeuse est attribuée à l'ange Gabriel, et même emporter de cette eau sainte pour en avoir chez lui et pour en donner à ses proches et à ses amis. Enfin, au moment où il sort du temple, il doit encore, 1º porter la main sur le voile du Kaabah; 2º faire les prières les plus ferventes, en les accompagnant de larmes et de soupirs; 3° toucher le mur Multezem qui est entre la Pierre-Noire et la porte du sanctuaire, en y posant d'abord la poitrine, ensuite le ventre et la joue droite, à l'exemple de ce qu'a pratiqué le prophète lui-même; 4º se retirer le visage constamment tourné vers le sanctuaire; et 5º sortir par la porte El-Ouada (porte de la promesse), après en avoir respectueusement, baisé le seuil.

Traversée des Pèlerins de La Mecque.

Ces principales pratiques du pèlerinage sont entremêlées d'une foule d'autres, d'excursions ou de processions hors de la ville, de visites à l'Oeumré, petite chapelle située au milieu d'une plaine à deux heures au nord de la Mecque, du jet des Sept-Pierres, de la célébration de la fête des Sacrifices (Aid-Adha ou Kourhan-Baïram), l'une des deux grandes fêtes religieuses de l'islamisme, etc.

C'est Mohammed (Mahomet) qui établit d'une manière invariable et permanente le jour où tous les ans seraient célébrées la fête du Pèlerinage et celle des Sacrifices.--Il la fixa au commencement de mars, à l'approche du printemps, dans le double but de rendre le voyage moins pénible aux pèlerins, et de faciliter en même temps le transport et la vente de leurs denrées. On voit par là que le pèlerinage fut dans l'origine une institution non moins politique que religieuse, favorisant le commerce par la création dans le désert d'un immense marché, source de richesses et de prospérité pour les villes pauvres où l'habile législateur vécut longtemps obscur chamelier.

Rien n'égale le zèle et l'empressement de tous les peuples qui professent l'islamisme à remplir ce devoir important de leur culte. Les anciennes traditions relatives à l'origine du Kaabah, la profonde et constante vénération des Arabes païens pour ce tabernacle, la politique qu'eut Mohammed de consacrer ces mêmes opinions, et de présenter la visite du sanctuaire comme un précepte divin, et l'un des principaux articles de sa doctrine; la dévotion avec laquelle il s'en acquittait lui-même; enfin, l'exemple de ses disciples, de ses successeurs et des musulmans de tous les siècles, concourent à faire regarder encore aujourd'hui comme absolue et indispensable l'obligation de visiter au moins une fois dans sa vie le temple de la Mecque. Pour entreprendre ce pèlerinage, les musulmans surmontent avec une constance étonnante les hasards et les difficultés d'un voyage long et pénible. Aussi en voit-on chaque année plus de cent mille de tout sexe, de tout âge, de toute condition, s'acheminer des diverses contrées de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, vers le Kaabah de la Mecque. Il est des années où le nombre des pèlerins va jusqu'à cent cinquante mille. Selon une opinion populaire, il ne peut jamais y en avoir moins de soixante-dix mille, parce que c'est le nombre arrêté dans les décrets du ciel, et que toutes les fois qu'il reste inférieur les anges y suppléent d'une manière invisible et miraculeuse.

Caravane de la Mecque.