Quaré tristis es, anima mea?
(Ps. 12.)

En ce temps-là, une âme fut créée en même temps que des milliers d'autres âmes et jaillit de la pensée incessamment féconde de Seigneur.

Mais tandis que les autres âmes ses sœurs se répandaient dans les mondes, allant se mêler et se fondre dans les êtres auxquels elles étaient destinées;

Que quelques-unes allaient animer des planètes et des soleils, que d'autres restaient auprès de Dieu, divinement conservées dans les anges qui chantent autour de son trône;

Que toutes enfin avaient leur mission, leur être à qui elles pouvaient s'unir, pour vivre leur vie d'union selon le décret du Seigneur.

Elle seule n'avait point eue de destination, aucun être ne l'attendait dans son sein, aucune planète, aucun soleil ne l'appelaient à eux.

Elle était solitaire, errante dans I'espace, et elle gémissait, la pauvre âme, ne sachant où se poser, où vivre,

Elle s'abattait inquiète sur le calice des fleurs, croyant y trouver un asile; mais les fleurs ne recueillaient que la rosée, et n'avaient pas de place pour elle.

Elle volait suppliante avec les oiseaux rapides, qui ne se souciaient pas de son approche, car ils ne savaient ce que c'était qu'une âme.

Puis elle se répandait autour des planètes, sur les soleils, sur les hommes et les autres habitants du globe, et partout Elle sentait la place occupée, le vase rempli.