Il lui fut accordé d'habiter tour à tour, et à son choix, dans les grands hommes, dans les grandes intelligences; d'y remplacer pendant quelques instants leur âme, qui sommeillait et s'effaçait à la venue; et pendant le séjour de celle-ci.
Il lui fut donné de vivre ainsi avec eux, d'en retenir et d'en raconter les souvenirs.
Et cette âme ayant vécu quelques instant dans ces hommes, voici comme elle redisait ses souvenirs.
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PAGANINI.
O I have suffered with...
(Tempest.)
Il était minuit quand j'arrivai; le grand artiste était couché et serrait un foulard rouge autour de sa tête; il venait de cacher avec un grand soin, après les avoir divisés bien également sur son crâne, ses longs cheveux noirs, qui ne parurent plus.
Puis il prit un miroir pour se contempler; je me vis avec lui, et je le trouvai horriblement laid; car ses cheveux ayant disparu sous le mouchoir de nuit, il ne sortait plus, de cette sphère livide et rouge qu'un nez énorme et recourbé comme le bec d'un chat-huant.
Quand il se fut ainsi regardé avec complaisance, il étendit ses longs doigts sur sa tête, et dit: «Très-bien!»
J'aurais éclaté de rire si j'avais eu des poumons, un larynx et un palais autres que les siens; mais connue j'étais devenue l'âme de Paganini, je répétai sérieusement dans son cerveau: très-bien!