L'Acropédestre.
Jusqu'ici on a cru que les pieds étaient faits pour marcher, et pas pour autre chose; erreur! Les pieds sont destinés à jouer à la balle, au bilboquet et autres fantaisies. M. Ducornet avait déjà attaqué les mains dans leur amour-propre et dans leur position sociale, en peignant avec son pied. Chaque salon nous offre tableau du pied de M. Ducornet. M. Richard, l'acropédestre, ne fera pas moins de tort à la réputation des mains que M. Ducornet. Quand on a vu M. Richard, on prend ses mains et ses bras en pitié, et l'on se dit: «A quoi cela sert-il?»
M. Richard se couche sur un canapé, les jambes en l'air; après quoi, il prend dans ses pieds un long balancier d'une pesanteur de quarante livres. Vous avez vu des jongleurs indiens faisant pirouetter avec leurs mains de petits bâtons blancs autour de leur tête; avec leurs mains? la belle affaire! c'est avec ses pieds que M. Richard fait aller et venir son pesant balancier, comme une plume légère; il tourne, il glisse, il s'envole, il retombe; il voltige dans tous les sens, il exécute mille évolutions capricieuses; puis, tout à coup, l'acropédestre, le retenant dans la paume de son talon, lui imprime un mouvement de rotation prodigieux; le plus habile bâtonniste n'en ferait pas autant avec ses mains; cela n'empêche pas M. Richard de marcher sur ses pieds une minute après, comme vous et moi; d'où il est tout simple de conclure que les mains sont une superfluité, et qu'on ferait bien de les supprimer à l'avenir. Quelle économie de paires de gants.
Foyer de la danse, à l'Opéra.
Madame de B... est revenue de son voyage d'Italie; elle a passé six mois à Florence; la fashion parisienne est ravie du retour de madame de B..., et la fashion a raison: madame de B... est une des plus jolies et des plus spirituelles femmes de Paris. Aussi son salon est-il des plus recherchés; on se dispute le plaisir d'y être admis; c'est à qui pourra y entrer; et une fois entré, on a de la peine à sortir: madame de B... est si aimable! Elle aime tout le monde, y compris elle-même; il est si naturel de commencer par soi! Un jour, madame de B... se mirait dans sa psyché avec une complaisance toute affectueuse; quelqu'un qui s'était glissé là, sans en être vu, l'entendit s'écrier; «Ma foi, je m'épouserais volontiers!»
Il y a eu, l'autre jour, un magnifique dîner chez M. Salvi, ténor du Théâtre-Italien; la littérature et les arts s'y sont mesurés la fourchette à la main; le dîner a eu la durée d'un opéra en cinq actes; les duos de champagne, les quatuors de truffes, les chœurs de romance et de johannisberg se sont succédé dans un accord partait; Meyer-Beer et Donizetti, placés face à face, conduisaient l'orchestre.
Ouverture des Cours de l'École Polytechnique.
L'école Polytechnique a été fondée en frimaire an III (décembre 1794), sur le modèle, au plusieurs points, de l'ancienne école de Mézières, d'après le plan et les idées de l'ingénieur Lamblardie et du savant Monge, qui furent appuyés vivement, dans le Comité de salut public, par Carnot et Prieur (de la Côte-d'Or), tous deux élèves de Monge, à Mézières.